17 octobre : petites actions le matin, cortèges l’après-midi
La journée de mobilisation du 17 octobre s’annonce difficile à anticiper pour les observateurs des mouvements sociaux. Contrairement à l’an dernier, où de nombreuses assemblées générales avaient préparé le terrain dans les communes, aucune n’a été organisée cette fois. Des cortèges ont bien été déposés en préfecture, mais les autorités s’attendent surtout à des actions non déclarées. « Là, il n’y a rien de tout ça, aucune assemblée générale n’est organisée. Il y a des cortèges déposés en préfecture, mais on s’attend à de nombreuses actions non déclarées, il est donc plus difficile de savoir à quoi s’attendre précisément », confie une source policière à BFMTV.
L’entourage du ministre de l’Intérieur évoque 250 actions envisagées, dont une soixantaine de manifestations en cours de structuration. Des appels au blocage et des rassemblements spontanés sont annoncés, notamment sur les ronds-points. À Paris, le préfet de police a pris un arrêté d’interdiction partiel pour imposer un itinéraire, à la demande du ministre. Des débordements sont redoutés dans les cortèges, en particulier dans la capitale et les grandes villes. Une carte des mobilisations de gilets jaunes circule en ligne et recense déjà plus de 1 000 actions, mais elle est peu fiable : n’importe qui peut y ajouter un événement en quelques secondes, sans inscription ni e-mail.
Une colère protéiforme
La journée du 17 octobre a été lancée dès la rentrée, avant la crise lycéenne qui a pris de l’ampleur ces dernières semaines. Les revendications portent sur la hausse du carburant et le coût trop élevé de la vie. Des affiches générées par intelligence artificielle ont été diffusées sur Facebook, sans qu’aucune organisation officielle n’en revendique la paternité. Les représentants lycéens ont annoncé leur volonté de se joindre au mouvement, mais la date tombe sur le début des vacances scolaires. « Tout le monde n’a pas la chance de partir en congés, loin de là, mais cela freinera peut-être le nombre d’adolescents mobilisés », tempère une source policière.
En ligne, la colère bouillonne, avec des appels à la violence et même à renverser l’État. Les réseaux sociaux ont un effet grossissant, et les autorités doivent composer avec cette visibilité accrue. Il y a dix ans, une action sans média ni journaliste sur place restait sans écho national. Aujourd’hui, les manifestants se filment et diffusent leurs images, créant de l’attention même pour vingt casseurs brûlant des poubelles. Les profils attendus samedi sont variés : extrême gauche, lycéens, anciens gilets jaunes, taxis, infirmières libérales, ouvriers du BTP touchés par la hausse du carburant. La CGT appelle à participer, mais ni les retraités, ni les pompiers, ni les autres syndicats ne se joignent au mouvement.
Une journée en deux temps
La mobilisation pourrait se politiser avec les appels de La France insoumise, du PCF et d’autres formations de gauche. Cela risque de repousser des citoyens qui ne se reconnaissent pas dans ces partis, alors qu’ils sont pourtant réellement en colère contre l’État. Cette colère pourrait se reporter dans les urnes dans quelques mois, tant la lassitude est forte chez de nombreux Français. Samedi, la journée devrait s’articuler en deux temps. Le matin, une multitude de petites actions type « Bloquons tout » sont probables, avec blocages, opérations escargot, klaxons et rassemblements sur les ronds-points. Les citoyens n’ont pas forcément les moyens de dépenser du carburant pour se déplacer loin et rejoindre les grandes villes.
L’après-midi, les cortèges rassembleront un agrégat large de profils. Le risque de débordements violents est élevé à Nantes, Rennes, Toulouse, Lyon, Lille et Marseille. « Il y a un fort niveau de violence contre les forces de l’ordre mais aussi contre les enseignants, contre les journalistes… On n’avait pas connu cela auparavant », s’inquiète une source policière.
