Liban : les habitants retournent chez eux malgré les ruines

Des milliers de Libanais déplacés ont commencé à regagner leurs villages du sud du pays cette semaine, bravant des routes défoncées et des quartiers entiers réduits à l’état de décombres. Un retour chargé d’émotion, mais aussi d’une réalité brutale : leur maison n’existe souvent plus.

Un exode à l’envers dans un pays dévasté

Depuis le début du conflit en mars, le Liban a subi des destructions massives. Selon une étude récente, plus de 11 000 bâtiments ont été détruits ou gravement endommagés dans le seul sud du pays, pour un coût total estimé à plus d’un milliard de dollars. Des chiffres qui donnent le vertige. Sur les routes menant à Tyr ou à Nabatieh, les convois de voitures chargées de matelas, de valises et d’enfants endormis se succèdent depuis lundi matin.

Certains rentrent parce qu’ils n’ont plus les moyens de payer un loyer à Beyrouth. D’autres, parce qu’ils ne supportent plus l’incertitude. Et puis il y a ceux qui reviennent simplement pour voir — pour constater par eux-mêmes ce qu’il reste.

„On ne reconnaît plus notre rue”

À Khiam, un village de la région frontalière, Fatima Nasrallah, 58 ans, s’est arrêtée au milieu d’une ruelle en pleurs. Sa maison familiale, construite par son père il y a quarante ans, n’est plus qu’un amas de béton et de ferraille tordues. „On ne reconnaît plus notre rue”, dit-elle simplement, les mains crispées sur un sac en plastique contenant quelques photos sauvées avant la fuite.

Son voisin, lui, a retrouvé les murs debout mais le toit effondré. Il a dormi à la belle étoile cette nuit-là. Pas question pour lui de repartir.

Les autorités dépassées par l’ampleur des besoins

Le gouvernement libanais, déjà exsangue avant la guerre, peine à organiser une réponse cohérente. Un responsable municipal du district de Marjeyoun a reconnu publiquement que „les moyens disponibles sont très loin de ce que la situation exige”. Les équipes de déblaiement sont insuffisantes, les hôpitaux de la région fonctionnent en mode dégradé, et l’eau courante manque dans plusieurs villages.

Plusieurs organisations internationales, dont le PNUD et la Croix-Rouge, ont annoncé des missions d’évaluation d’urgence. Mais le déploiement concret de l’aide prendra des semaines, voire des mois.

Un retour incertain pour des milliers de familles

Tout le monde ne rentre pas. Des familles entières restent bloquées à Beyrouth ou dans la Bekaa, attendant des informations fiables sur l’état de leur logement. Les réseaux sociaux circulent à toute vitesse avec des vidéos de villages fantômes, de façades éventrées, de mosquées sans minaret.

Still, quelque chose résiste. Dans ce Liban épuisé, plié sous le poids d’une guerre de plus, les gens reviennent. Pas parce que c’est raisonnable. Parce que c’est chez eux.

La reconstruction, si elle commence un jour, prendra des années. Et le financement international, promis mais jamais garanti, reste la grande inconnue des semaines à venir.

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