Intelligence artificielle robot

IA chinoise au Trésor : le test interrompu pour réponses biaisées

Un outil d’intelligence artificielle d’origine chinoise, expérimenté en interne à la direction générale du Trésor, a été brusquement mis de côté. Les agents ont constaté que le modèle produisait des réponses jugées biaisées sur certains sujets géopolitiques et économiques. Une interruption qui illustre, de façon concrète, les tensions croissantes autour de l’usage des IA non européennes au sein de l’administration française.

Un test mené discrètement, une sortie précipitée

L’expérimentation avait débuté début 2025, dans le cadre d’une exploration plus large des outils d’IA disponibles sur le marché. Le modèle en question — dont l’identité exacte n’a pas été officiellement confirmée, mais qui correspondrait à DeepSeek, le système développé par la start-up chinoise éponyme — avait été mis entre les mains d’une poignée d’agents pour des tâches de synthèse documentaire et d’analyse économique. Rien d’extraordinaire, en apparence.

Mais les premiers retours ont rapidement soulevé des doutes. Sur certaines questions touchant à la Chine, à Taïwan ou encore aux sanctions économiques occidentales, les réponses du modèle semblaient alignées sur des positions officielles de Pékin. Des formulations jugées trop lisses, des angles morts troublants. Les agents ont tiré la sonnette d’alarme en interne.

Des « biais » qui posent une vraie question de souveraineté

« Nous avons constaté que certaines réponses n’étaient pas neutres sur des sujets sensibles », a indiqué un responsable administratif sous couvert d’anonymat. « C’est exactement le type de risque que nous cherchions à évaluer. »

Et c’est là que le sujet dépasse largement l’anecdote administrative. Les modèles d’IA reflètent les données sur lesquelles ils ont été entraînés — et les choix, souvent politiques, qui ont présidé à leur conception. Un modèle entraîné en Chine, soumis aux lois chinoises sur la censure et la sécurité nationale, ne peut pas garantir une neutralité informationnelle à un ministère des Finances occidental. C’est structurel.

La France n’est pas la seule concernée. Plusieurs pays européens ont engagé des réflexions similaires sur les critères d’homologation des IA utilisées dans la sphère publique.

L’administration française face à une offre fragmentée

Le Trésor n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2023, plusieurs directions ministérielles testent des outils d’IA pour améliorer la productivité des agents — rédaction de notes, veille réglementaire, traitement de données massives. Les solutions américaines dominent le marché, mais elles posent d’autres questions : dépendance technologique, transfert de données hors UE, coûts élevés.

L’offre européenne, elle, reste encore embryonnaire. Mistral AI, la pépite française, est suivie de près par Bercy. Mais ses modèles n’ont pas encore le niveau de maturité suffisant pour certains usages complexes.

Le dossier devrait revenir sur la table dans les prochains mois. Le gouvernement planche sur un cadre interministériel d’évaluation des IA à usage public, qui pourrait inclure des critères explicites de neutralité informationnelle. Une façon de mettre de l’ordre dans une expérimentation qui, pour l’instant, avance à tâtons.

Similar Posts