Cocaïne en mer : les go fast sement la terreur sur l’Atlantique
Des embarcations ultrarapides chargées de plusieurs tonnes de cocaïne foncent vers les côtes européennes à plus de 80 nœuds. C’est la nouvelle réalité d’un trafic qui a muté, s’est industrialisé, et que les garde-côtes peinent à contenir.
Des convois express venus d’Amérique latine
Les go fast — ces semi-rigides équipés de trois ou quatre moteurs hors-bord surpuissants — sont devenus l’outil de prédilection des cartels pour acheminer la drogue jusqu’en Europe. En 2023, les autorités portugaises et espagnoles ont intercepté plus de 47 tonnes de cocaïne en mer, un record. Mais pour chaque embarcation saisie, combien passent entre les mailles du filet ? Les enquêteurs estiment que le taux d’interception ne dépasse pas 10 à 15 % du volume total transporté.
Ces bateaux partent généralement des côtes du Sénégal, de Mauritanie ou du Cap-Vert, après un transbordement depuis des navires-mères en provenance du Venezuela ou de Colombie. La traversée dure entre 36 et 72 heures. Les équipages, souvent recrutés parmi des pêcheurs locaux désargentés, risquent leur vie pour quelques milliers d’euros.
« Mad Max sur l’Océan » : une course-poursuite absurde
Un officier de la Marine nationale française, qui a requis l’anonymat, décrit des interventions qui tiennent parfois du film d’action. « C’est Mad Max sur l’Océan. Ces types jettent les ballots à la mer, zigzaguent à toute vitesse, et parfois ils foncent droit sur nous. » Les hélicoptères de surveillance ont du mal à suivre des engins capables d’atteindre 100 km/h sur des eaux agitées.
Et les trafiquants ne manquent pas d’ingéniosité. Certains go fast naviguent désormais de nuit, sans lumière, en mode silencio radio total. D’autres sont équipés de systèmes de détection radar pour repérer les patrouilleurs avant d’être repérés.
L’Europe débordée, les saisies records ne suffisent pas
Le marché européen de la cocaïne est estimé à plus de 10 milliards d’euros par an. La demande ne faiblit pas — elle augmente. Les prix en gros ont chuté de 30 % en cinq ans, signe d’une offre abondante malgré la pression policière.
Europol et Frontex multiplient les opérations conjointes. Mais les moyens restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène. L’Espagne, le Portugal et la France concentrent l’essentiel des arrivées sur leur façade atlantique. Les Açores et les îles Canaries sont devenues des zones de transit stratégiques.
La guerre des chiffres masque une réalité simple : les cartels s’adaptent plus vite que les États.
Vers une réponse européenne coordonnée ?
Bruxelles discute depuis plusieurs mois d’un renforcement du mandat maritime d’Europol. Des drones longue portée sont à l’étude pour surveiller les zones grises de l’Atlantique. Still, les experts restent prudents. Tant que la demande européenne ne s’effondre pas, les go fast continueront de déferler. Et les cartels, eux, ont déjà une longueur d’avance.
