Aymeric Laporte, de recalé chez les Bleus à pilier de la Roja
Il y a une ironie cruelle dans tout ça. Pendant que Kylian Mbappé et ses coéquipiers digèrent leur élimination face au Maroc, un garçon né à Agen, formé à Bayonne puis à Bilbao, s’apprête à disputer la finale de la Coupe du monde. Dimanche 18 décembre, au MetLife Stadium du New Jersey, Aymeric Laporte foulera la pelouse avec l’Espagne face à l’Argentine. À 28 ans, le défenseur central a fait le pari le plus audacieux de sa carrière. Et ce pari, il est en train de le gagner.
Les portes de l’équipe de France, fermées à double tour
Laporte n’a jamais caché sa frustration. Formé dans les équipes jeunes tricolores — des moins de 16 ans jusqu’aux espoirs — il a longtemps attendu sa chance chez les A. Didier Deschamps l’a convoqué une seule fois, en mars 2021, pour un match de qualification face à l’Ukraine. Il n’a pas joué une seule minute. Pas même une entrée en jeu symbolique.
C’est cette mise à l’écart répétée, après des années de patience, qui a tout déclenché. La France avait Raphaël Varane, Samuel Umtiti, Presnel Kimpembe, Kurt Zouma. La concurrence était féroce. Et Laporte, malgré une saison 2020-2021 solide avec Manchester City — 30 matchs, 3 buts, un titre de champion d’Angleterre —, ne trouvait pas sa place dans les plans du sélectionneur.
La naturalisation espagnole, un tournant à 27 ans
En août 2021, Laporte obtient la nationalité espagnole après cinq ans de résidence sur le sol ibérique, dont une grande partie à Bilbao avec l’Athletic Club, entre 2013 et 2018. La FIFA valide sa demande de changement d’association. Luis Enrique, alors sélectionneur de la Roja, ne laisse pas traîner : il l’appelle immédiatement.
«Il nous apporte une qualité défensive et une sérénité dans la relance que nous cherchions», avait déclaré à l’époque un responsable de la fédération espagnole de football. Et les chiffres lui donnent raison. Depuis sa première sélection avec l’Espagne en septembre 2021, Laporte a disputé plus de 20 matchs avec la Roja, s’imposant comme un titulaire indiscutable.
Au Qatar, l’un des meilleurs défenseurs du tournoi
Au Qatar, il a confirmé tout le bien que l’on pensait de lui. Solide en phase de groupes, décisif dans le jeu aérien, impressionnant dans sa capacité à ressortir proprement le ballon depuis l’arrière. L’Espagne n’a encaissé que 3 buts en 6 matchs. Laporte est au cœur de ce dispositif.
Dimanche, il affrontera Lionel Messi et l’une des meilleures attaques du tournoi. Un défi immense.
Pour la France, l’histoire d’Aymeric Laporte restera comme un avertissement. Ne pas savoir retenir un joueur de ce calibre, c’est parfois offrir une finale du monde à un concurrent. Les Bleus le savent désormais, avec un pincement au cœur difficile à ignorer.
