Xenia Fedorova : la France ordonne l’expulsion de la propagandiste russe
La France a franchi un cap rare. Les autorités françaises ont pris un arrêté d’expulsion à l’encontre de Xenia Fedorova, visage emblématique de la chaîne de télévision Russia Today (RT) et figure centrale de la propagande pro-Kremlin en Europe. Une décision qui marque une rupture nette dans la gestion des ressortissants russes liés aux médias d’État sur le sol français.
Qui est Xenia Fedorova ?
Fedorova n’est pas une inconnue des services de renseignement européens. Ancienne présentatrice et directrice générale de RT France, elle a dirigé pendant des années l’antenne hexagonale de la chaîne russe, celle-là même qui a été interdite de diffusion dans l’Union européenne en mars 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine. Elle possède un passeport français obtenu en 2021, ce qui rend sa situation juridique particulièrement complexe. Mais c’est précisément ce double statut qui a alimenté la procédure.
Une enquête longue, une décision mûrement pesée
L’arrêté d’expulsion n’est pas tombé du ciel. Selon des sources proches du dossier, les services de renseignement intérieur français, la DGSI, suivaient Fedorova depuis plusieurs mois, scrutant ses activités, ses déplacements et ses liens présumés avec des structures proches du renseignement russe. La procédure administrative a été engagée discrètement, loin des caméras. Et c’est seulement lorsque l’arrêté a été notifié que l’affaire a éclaté au grand jour.
Un responsable du ministère de l’Intérieur, qui a requis l’anonymat, a simplement indiqué que « la sécurité nationale justifiait pleinement cette décision ».
Ce type d’arrêté reste exceptionnel. En France, moins d’une dizaine de ressortissants étrangers sont expulsés chaque année pour des motifs liés à la sécurité de l’État.
Le paradoxe du passeport français
C’est là que ça se complique. Fedorova ayant obtenu la nationalité française, son expulsion soulève des questions juridiques inédites. La loi française interdit en principe d’expulser un citoyen français vers un pays tiers. Pourtant, des exceptions existent pour les binationaux, notamment lorsque des actes contraires aux intérêts fondamentaux de la nation sont avérés. Le Conseil d’État devra vraisemblablement se prononcer sur la légalité de la procédure si Fedorova décide de la contester — ce qu’elle a laissé entendre qu’elle ferait.
Un signal politique fort
Au-delà du cas individuel, la France envoie un message. Depuis l’interdiction de RT en Europe, Paris a durci sa position vis-à-vis des relais de l’influence russe sur son territoire. L’affaire Fedorova s’inscrit dans une série de mesures prises par plusieurs capitales européennes contre des personnalités liées à des opérations d’influence étrangère. Berlin, Varsovie, Stockholm ont toutes agi ces derniers mois.
La suite appartient désormais aux tribunaux. Si Fedorova engage un recours, l’affaire pourrait durer des mois, voire des années, alimentant un débat déjà vif sur les limites du droit d’expulsion et la place des propagandistes étrangers dans les démocraties européennes.
