Crise de Ceuta : von der Leyen exige une réponse européenne unifiée

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exigé mercredi une mobilisation collective des États membres face à la situation chaotique qui s’est développée à Ceuta, où plus de 8 000 migrants ont franchi illégalement la frontière en moins de 48 heures. Un chiffre sans précédent pour cette enclave espagnole de 85 000 habitants coincée entre la Méditerranée et le Maroc.

Bruxelles sort de sa réserve

Von der Leyen n’a pas mâché ses mots. Dans une déclaration publiée depuis Bruxelles, elle a affirmé que « les frontières extérieures de l’Espagne sont les frontières extérieures de l’Europe », réclamant un renforcement immédiat des dispositifs de contrôle. C’est un tournant dans le discours institutionnel européen, traditionnellement plus prudent sur ces questions.

L’agence Frontex a été immédiatement sollicitée. Selon un porte-parole de la Commission, des équipes supplémentaires pourraient être déployées « dans les prochains jours » pour soutenir les autorités espagnoles débordées. Madrid a déjà envoyé 200 soldats supplémentaires sur place.

Une crise aux racines diplomatiques

La situation ne s’est pas produite dans le vide. Elle fait suite à une brouille sérieuse entre l’Espagne et le Maroc, après que Madrid a accepté d’accueillir pour des soins médicaux Brahim Ghali, le chef du Front Polisario, ennemi juré de Rabat. Le Maroc aurait alors délibérément relâché sa surveillance aux points de passage, laissant les migrants affluer.

C’est une tactique que plusieurs analystes qualifient d’instrumentalisation de la migration à des fins politiques. Et ça n’est pas la première fois que ce genre de pression est exercé sur un État membre de l’UE par un pays tiers.

« Nous ne pouvons pas accepter que des pays tiers utilisent des êtres humains comme levier de négociation », a déclaré un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat.

Les images qui ont choqué l’Europe

Parmi les migrants arrivés, environ 1 500 étaient des mineurs non accompagnés. Des enfants traversant à la nage ou en marchant dans l’eau jusqu’aux genoux, accueillis par des soldats espagnols. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux et relancé un débat que l’Europe pensait — à tort — avoir mis en veille depuis 2015.

Yet, la réponse des États membres reste fragmentée. La Hongrie et la Pologne ont immédiatement réclamé des mesures plus dures. D’autres capitales, comme Berlin, appellent au dialogue avec Rabat avant toute escalade.

Vers un nouveau pacte migratoire ?

Von der Leyen a profité de cette crise pour relancer les discussions autour du Pacte sur la migration et l’asile, proposé en septembre 2020 mais toujours bloqué au Conseil. Les négociations entre États membres piétinent depuis des mois sur la question du partage des responsabilités.

La crise de Ceuta pourrait changer la donne. Ou pas. L’Europe a déjà vécu ce scénario, en 2015 avec la Syrie, en 2019 avec la Turquie. À chaque fois, l’urgence du moment s’est dissipée sans produire de véritable accord structurel. Les prochaines semaines diront si cette fois-ci, Bruxelles est vraiment prête à agir.

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