Conflit israélien : Touval alerte sur les causes jamais résolues
Il y a des vérités qui dérangent. Yonatan Touval, essayiste et analyste politique israélien, en formule une avec une clarté brutale : chaque cessez-le-feu entre Israël et ses voisins ne fait que geler un problème sans jamais le résoudre. Et le cycle repart, inévitablement.
Une thèse qui bouscule le récit dominant
Dans un entretien accordé au Monde, Touval développe une analyse qui va à rebours des discours officiels. Selon lui, les accords successifs — qu’il s’agisse des trêves avec le Hamas à Gaza, des arrangements tacites avec le Hezbollah au Liban, ou même des traités de paix formels conclus avec l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 — partagent tous un même défaut structurel. « Dans chaque cas, la suspension du conflit laisse sans réponse la cause qui l’a produit », insiste-t-il.
C’est une thèse inconfortable. Elle suggère que soixante-dix ans de diplomatie, des centaines de résolutions onusiennes et des milliards de dollars d’aide internationale n’ont fait que repousser l’échéance, jamais l’éliminer.
La mécanique du gel
Ce que Touval appelle « la suspension du conflit » fonctionne comme une mise en veille. Les armes se taisent, parfois pendant des années. Les populations soufflent. Les dirigeants se félicitent. But rien n’est réglé. La question des réfugiés palestiniens, estimés à plus de 5,9 millions par l’UNRWA, reste entière. Le statut de Jérusalem demeure une plaie ouverte. Et les revendications territoriales accumulées depuis 1948 ne disparaissent pas parce qu’on a signé un bout de papier.
Un ancien diplomate européen, qui a participé à plusieurs cycles de négociations dans les années 2000, confirme ce diagnostic sans détour : « On a toujours préféré gérer la crise à court terme plutôt que de s’attaquer aux causes profondes. C’est plus simple politiquement, mais désastreux sur la durée. »
Gaza comme illustration extrême
L’offensive israélienne lancée après le 7 octobre 2023 — qui a fait plus de 34 000 morts côté palestinien selon les autorités sanitaires de Gaza — illustre tragiquement la thèse de Touval. Dix-sept ans de blocus, plusieurs guerres ponctuelles, des trêves négociées avec l’aide du Qatar et de l’Égypte. Yet rien n’avait résolu le fond : ni la gouvernance de Gaza, ni le projet national palestinien, ni la sécurité d’Israël.
So on recommence. Avec des morts en plus.
Vers quelle sortie ?
Touval ne propose pas de solution miracle — et c’est peut-être ce qui rend son travail honnête. Il pointe surtout l’aveuglement collectif d’une communauté internationale qui célèbre les cessez-le-feu comme des victoires, alors qu’ils ne sont que des pauses. Still, certains observateurs estiment qu’une conférence internationale ambitieuse, avec des garanties contraignantes sur la solution à deux États, reste la seule voie crédible. Si les acteurs politiques ont la volonté de s’y engager vraiment — ce qui, pour l’instant, reste loin d’être acquis.
