Référendum constitutionnel de Le Pen : un projet qui divise la classe politique
À deux ans de la présidentielle 2027, Marine Le Pen agite une idée qui fait trembler les juristes et les partis de gouvernement : organiser un référendum constitutionnel pour contourner le Parlement et imposer ses réformes dès son éventuelle élection. Une manœuvre que ses adversaires qualifient ouvertement de « coup d’État sur le fond et sur la forme ».
Un projet qui court-circuite les institutions
Le scénario imaginé par la candidate du Rassemblement national est simple en apparence. Élue présidente, elle soumettrait directement au peuple français une révision de la Constitution, sans passer par le vote du Congrès — c’est-à-dire l’Assemblée nationale et le Sénat réunis. L’article 11 de la Constitution serait utilisé à cette fin, au lieu de l’article 89, qui prévoit l’accord des deux chambres. C’est précisément ce détour institutionnel qui cristallise les critiques. Et elles sont nombreuses.
Pour beaucoup de constitutionnalistes, le recours à l’article 11 pour modifier la Constitution est inconstitutionnel. Le Conseil d’État l’a rappelé à plusieurs reprises depuis les années 1960. De Gaulle lui-même avait utilisé cette astuce en 1962 pour instaurer l’élection du président au suffrage universel direct — une entorse que la classe politique avait avalée de travers, mais qui n’avait jamais vraiment été digérée.
« Un précédent extrêmement dangereux »
Les réactions ne se sont pas fait attendre. À gauche comme à droite, les voix s’élèvent pour dénoncer une dérive autoritaire. Un ancien ministre de la Justice, qui a requis l’anonymat, résume la situation en quelques mots : « Ce n’est pas une réforme, c’est une mise sous tutelle des contre-pouvoirs. »
Du côté du camp macroniste, on parle d’un « précédent extrêmement dangereux ». Les Républicains, eux, restent pour l’instant silencieux — ce qui en dit long sur leurs propres calculs électoraux à l’approche de 2027. Still, quelques voix isolées au sein du parti osent dénoncer la manœuvre.
Ce que Le Pen veut inscrire dans le marbre
Concrètement, le référendum porterait sur plusieurs mesures phares : la priorité nationale dans l’accès aux droits sociaux, une réforme de la justice, et probablement des dispositions sur l’immigration. Des thèmes sur lesquels le RN sait qu’il peut rallier une partie de l’électorat au-delà de sa base habituelle.
Selon un sondage Elabe publié en mars 2025, 34 % des Français se disent prêts à voter pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. Un score qui lui confère une position de favorite — sur le papier.
Un pari risqué pour 2027
But la stratégie comporte des risques réels. Si le Conseil constitutionnel venait à censurer le référendum après sa tenue — ce qui est juridiquement possible — le pays se retrouverait dans une crise institutionnelle sans précédent depuis la Ve République.
Et c’est peut-être là que réside le vrai pari de Marine Le Pen : forcer une épreuve de force avec les institutions pour montrer qu’elle gouverne autrement. Quitte à fracasser quelques piliers en chemin.
