L’industrie sidérurgique européenne réclame des outils antidumping face à la surcapacité mondiale qui menace la stabilité du marché

L’industrie sidérurgique européenne se mobilise en faveur d’un renforcement des instruments de défense commerciale, alors que la surcapacité mondiale, alimentée principalement par la production chinoise subventionnée par l’État, menace de submerger les producteurs européens déjà confrontés à des coûts énergétiques élevés et aux exigences de la transition écologique.

Les sidérurgistes européens tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois face au volume d’importations à bas prix qui arrivent dans les ports du bloc. La fédération industrielle Eurofer estime que l’excédent de capacité mondiale dépasse désormais cinq cents millions de tonnes par an, soit plus de trois fois l’ensemble du marché européen. Une grande partie de cet excédent est redirigée vers l’Europe à la suite de l’imposition de droits de douane américains plus élevés sur les importations d’acier.

Les parlementaires du Parlement européen doivent débattre et voter ce mois-ci d’une résolution non législative appelant la Commission européenne à déployer une combinaison plus souple de droits antidumping, de mesures de sauvegarde et d’ajustements carbone aux frontières. La résolution ne contraint pas la Commission à des instruments spécifiques, mais signale un soutien politique fort en faveur d’actions plus fermes.

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, dont la phase définitive a débuté plus tôt cette année, avait été conçu en partie pour rétablir des conditions de concurrence équitables en tarifant les émissions incorporées dans les importations d’acier. Les producteurs estiment toutefois que les garanties du mécanisme sont insuffisantes face à des importations vendues en dessous du coût de production. Ils souhaitent que la Commission européenne envisage une exigence de fusion-coulée qui empêcherait le contournement par des opérations de finition dans des pays tiers.

Les segments de l’industrie exposés au commerce international, notamment les produits longs utilisés dans la construction et certaines qualités d’acier plat laminé pour les applications automobiles, ont été les plus durement touchés. Plusieurs petits producteurs du sud et du centre de l’Europe ont déjà annoncé des réductions temporaires de production. L’impact en aval sur les chaînes d’approvisionnement du secteur de la construction fait l’objet d’une surveillance étroite.

Les critiques d’une défense commerciale plus agressive avertissent que des prix de l’acier plus élevés se répercuteraient sur la structure de coûts des industries en aval, notamment les infrastructures d’énergies renouvelables, la construction automobile et la construction navale. Ils soutiennent que tout durcissement des règles d’importation doit s’accompagner de mécanismes protégeant les utilisateurs européens de pratiques tarifaires monopolistiques de la part des fournisseurs nationaux restants.

La Commission européenne a indiqué qu’elle révisait sa boîte à outils et qu’elle était disposée à recalibrer les instruments à la lumière du nouveau contexte mondial. Les décisions sur des mesures spécifiques, notamment le remplacement éventuel de la sauvegarde actuelle sur l’acier qui expire l’année prochaine, façonneront l’environnement concurrentiel de l’une des industries lourdes les plus stratégiques d’Europe.

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