La BCE maintient à 2 %, mais Bloomberg anticipe deux hausses estivales
La Banque centrale européenne a maintenu ses trois taux directeurs inchangés lors de sa réunion du 30 avril à Francfort, marquant un troisième statu quo consécutif depuis que le choc énergétique déclenché par la guerre en Iran a commencé à se répercuter sur les prix à la consommation dans la zone euro. Le taux de la facilité de dépôt demeure à 2,00 %, le taux de refinancement principal à 2,15 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,40 %. Mais une enquête Bloomberg menée entre le 4 et le 7 mai anticipe désormais deux hausses d’un quart de point en juin et septembre, contre une seule attendue il y a seulement un mois.
« Nous nous éloignons certainement du scénario de référence »
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, présentant la décision lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion, a reconnu ce pivotement analytique. « Nous nous éloignons certainement du scénario de référence », a-t-elle déclaré aux journalistes – une formulation qui, dans le langage prudent de l’institution, indique que le Conseil des gouverneurs considère désormais les scénarios de forte inflation plus plausibles que la projection centrale d’il y a à peine un trimestre.
Le vote pour le maintien a été unanime, mais Christine Lagarde a confirmé que les discussions avaient examiné plusieurs options, dont une hausse immédiate. « La guerre au Moyen-Orient a entraîné une forte hausse des prix de l’énergie, alimentant l’inflation et pesant sur le moral économique », a-t-elle ajouté. La projection de la BCE pour l’inflation globale moyenne en 2026 s’établit désormais à 2,6 %, avec un repli à 2,0 % en 2027 et une stabilisation autour de 2,1 % en 2028.
Le revirement Bloomberg
Le changement dans les anticipations de marché est brutal. Alors que le précédent sondage Bloomberg ne prévoyait qu’une seule hausse de taux sur l’ensemble de 2026, les répondants anticipent désormais deux mouvements d’un quart de point – portant le taux de dépôt à 2,50 % d’ici la fin de l’année. Les contrats à terme sur le taux à court terme en euros (€STR) intègrent ces deux hausses depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février.
L’enquête trimestrielle de la BCE auprès des prévisionnistes professionnels pour le deuxième trimestre 2026, publiée début mai, pointe dans la même direction. L’inflation globale IPCH est désormais attendue à 2,7 % en 2026 – une révision à la hausse marquée –, 2,1 % en 2027 et 2,0 % en 2028. Fait crucial, les anticipations d’inflation à plus long terme pour 2030 sont restées inchangées à 2,0 %, témoignant d’une confiance dans l’ancrage à moyen terme.
La question de la stagflation, écartée
Interrogée par les journalistes sur une éventuelle stagflation dans la zone euro, Christine Lagarde a répondu avec sa fermeté caractéristique : « J’ai déjà traité la question de la stagflation, parce que c’est vraiment quelque chose que je range dans les années 1970. Avec les projections que nous avons pour mars – une croissance de 0,9 % suivie de 1,3 %, puis de 1,4 % –, je n’appellerais pas cela de la stagnation, désolée. C’est une croissance plus faible, certes, en 2026, mais nous ne sommes pas en stagnation, encore moins en récession. »
PIB du T1 à +0,1 %, un trou d’air
Le contexte de croissance reste néanmoins fragile. Le PIB réel de la zone euro n’a progressé que de 0,1 % au premier trimestre 2026, selon l’estimation préliminaire d’Eurostat, marquant une décélération brutale par rapport à la dynamique que la zone portait en début d’année. Christine Lagarde a concédé que « l’économie de la zone euro montrait une certaine dynamique lorsque les turbulences actuelles ont débuté », mais que « les enquêtes indiquent un ralentissement de la croissance, et les consommateurs comme les entreprises sont devenus moins confiants quant à l’avenir depuis le début de la guerre. »
4-5 juin : le moment décisif
La prochaine réunion du Conseil des gouverneurs des 4 et 5 juin sera l’une des plus scrutées de l’année. Christine Lagarde a explicitement signalé l’horizon stratégique : « Nous pensons que dans six semaines, nous serons en mesure de prendre une décision plus éclairée, soit parce que le conflit aura connu une issue, soit parce que les conséquences seront plus claires. » Les rendements du Bund à 10 ans ont déjà franchi le seuil de 3,2 % et ceux de l’OAT à 10 ans dépassent 3,6 %, avec des écarts périphériques légèrement plus larges – la réaction typique à un signal crédible de normalisation monétaire.
