Incendies et artificialisation des sols : un double péril pour les régions françaises
Les territoires français les plus exposés aux feux de forêt sont aussi ceux où l’étalement urbain a le plus accéléré ces dernières années. Un paradoxe dangereux qui place des millions d’habitants en première ligne face à un risque cumulé, selon une analyse publiée par Le Monde.
Une coïncidence géographique alarmante
Le Sud-Est concentre l’essentiel du problème. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, historiquement la plus touchée par les incendies, a vu ses surfaces artificialisées progresser de près de 12 % en vingt ans. L’Occitanie suit la même trajectoire. Des pinèdes, des garrigues, des zones naturelles sensibles — tout cela grignote peu à peu au profit de lotissements, de zones commerciales, de parkings. Et pendant ce temps, le climat se dérègle.
C’est ce qu’on appelle l’interface forêt-habitat. Plus les maisons s’avancent vers la végétation, plus la propagation d’un feu devient incontrôlable. Les pompiers le répètent depuis des années.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
En 2022, lors des incendies exceptionnels de Gironde, plus de 30 000 hectares ont brûlé. Mais au-delà du bilan spectaculaire, c’est la proximité entre les zones sinistrées et les nouvelles constructions qui a frappé les experts. Certains lotissements avaient été bâtis dix ans auparavant en bordure immédiate de massifs forestiers.
Selon les données du Cerema, l’artificialisation des sols en France progresse à raison d’environ 20 000 hectares par an. Une superficie équivalente à un département moyen tous les dix ans. Et une large part de cette expansion se produit précisément dans des zones classées à risque.
« On construit là où il ne faudrait pas construire, et on s’étonne ensuite que les dégâts soient considérables », a déclaré un responsable du ministère de la Transition écologique, sous couvert d’anonymat.
La loi Zan, une réponse insuffisante ?
La loi Zéro Artificialisation Nette, adoptée en 2021, ambitionne de diviser par deux le rythme d’artificialisation d’ici 2031, puis d’atteindre le zéro net en 2050. Bonne intention sur le papier. But on the ground, la mise en œuvre bute sur les intérêts économiques locaux, les pressions des promoteurs et la résistance de nombreuses communes rurales qui voient dans la construction un levier de développement.
Yet l’urgence climatique n’attend pas. Les projections du GIEC prévoient une multiplication des épisodes de chaleur extrême et de sécheresse sur le pourtour méditerranéen. Plus de feux, plus intenses, plus fréquents.
Repenser l’aménagement du territoire
Des voix s’élèvent pour réclamer une refonte profonde des documents d’urbanisme. Il s’agirait d’intégrer systématiquement les cartes de risques incendie dans les plans locaux d’urbanisme, et d’interdire toute nouvelle construction dans les zones les plus exposées. Still, la volonté politique reste timide.
La prochaine saison des feux approche. Et les mêmes erreurs d’aménagement continuent, silencieusement, de s’accumuler.
