Iran et Gaza : les leçons non tirées d’une diplomatie à bout de souffle

Les négociations sur le nucléaire iranien patinent. Et pour certains analystes, ce blocage n’a rien de surprenant — il était même prévisible, si seulement les chancelleries occidentales avaient daigné regarder honnêtement ce qui s’est passé à Gaza. C’est en substance ce que défendent plusieurs experts en géopolitique du Moyen-Orient, dont les voix se font de plus en plus entendre à Paris comme à Bruxelles.

Un parallèle qui dérange

L’argument est simple, presque brutal dans sa logique : la gestion du dossier gazaoui par les grandes puissances — les États-Unis, la France, le Royaume-Uni — a montré une incapacité chronique à imposer des lignes rouges crédibles. Depuis octobre 2023, plus de 37 000 civils ont péri dans l’enclave palestinienne selon les chiffres onusiens, et les appels au cessez-le-feu sont restés lettre morte pendant des mois. Téhéran a observé. Téhéran a retenu la leçon.

« Quand vous laissez entendre que vos ultimatums sont négociables, vous perdez toute autorité pour en formuler de nouveaux », résume un diplomate européen sous couvert d’anonymat. Et c’est précisément là que le bât blesse dans les discussions actuelles avec l’Iran.

L’Iran, spectateur attentif

Depuis l’effondrement de l’accord de Vienne en 2018 — unilatéralement torpillé par Donald Trump — l’Iran a enrichi de l’uranium à des niveaux sans précédent. En janvier 2025, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estimait que Téhéran possédait suffisamment d’uranium enrichi à 60 % pour fabriquer, techniquement, plusieurs dispositifs nucléaires. Pas une bombe — pas encore — mais une capacité de nuisance symbolique considérable.

Still, les négociateurs européens continuent de croire qu’un nouveau cycle de pourparlers pourrait déboucher sur un accord. Une naïveté que beaucoup jugent désormais incompréhensible. Car pendant que les diplomates parlementaient sur Gaza sans résultat tangible, les Gardiens de la révolution iraniens consolidaient leur influence au Liban, en Irak, au Yémen. Le prix de l’inaction s’est payé en influence perdue.

Des leçons que personne ne voulait tirer

C’est peut-être là l’essentiel. Pas la mauvaise foi des uns ou la duplicité des autres. Mais une forme de déni collectif, une allergie institutionnelle à tirer des conclusions inconfortables.

Les négociations sur Gaza ont révélé que ni Washington ni les capitales européennes n’étaient prêtes à assumer le coût politique d’une posture ferme. Résultat : 18 mois de guerre, une reconstruction estimée à plus de 80 milliards de dollars selon la Banque mondiale, et un processus de paix introuvable. Transposé à l’Iran, ce modèle d’esquive promet des années supplémentaires d’incertitude nucléaire.

Quel horizon pour la diplomatie ?

But tout n’t est pas perdu — du moins pas encore. Certains observateurs croient encore à la possibilité d’un accord partiel, technique, qui gèlerait les capacités iraniennes en échange d’un allègement ciblé des sanctions. Un scénario minimal, certes. Réaliste, peut-être. Suffisant ? Probablement pas.

Ce qui est sûr, c’est que la fenêtre se referme. Et cette fois, personne ne pourra dire qu’il n’avait pas été prévenu.

Publications similaires