Mélenchon président : ce que changerait vraiment une France insoumise
L’hypothèse reste, pour l’instant, théorique. Mais elle n’est pas absurde. À chaque scrutin présidentiel, Jean-Luc Mélenchon grignote du terrain. En 2022, il a frôlé le second tour avec 21,95 % des voix au premier tour. Alors, que se passerait-il vraiment si le tribun de La France insoumise accédait un jour au pouvoir suprême ? La question mérite d’être posée sérieusement — et sans caricature.
Une VIe République comme premier chantier
C’est son obsession. Depuis vingt ans, Mélenchon martèle qu’il faut liquider la Ve République et ses « pouvoirs monarchiques ». Une assemblée constituante serait convoquée dans les premiers mois du mandat. Le Sénat ? Supprimé ou profondément remanié. Le référendum d’initiative citoyenne deviendrait un outil constitutionnel permanent. Et la proportionnelle intégrale remplacerait le scrutin uninominal à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas rien. Ce sont les fondations mêmes du système politique français qu’il faudrait rebâtir.
Certains constitutionnalistes jugent ce projet techniquement périlleux, voire chaotique. « On ne change pas les règles du jeu sans provoquer une instabilité durable », confie un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat.
L’économie mise sens dessus dessous
Sur le plan économique, le choc serait frontal. Le programme LFI prévoit un SMIC à 1 600 euros nets, une retraite à 60 ans et le blocage des prix des produits de première nécessité. La semaine de travail passerait à 32 heures. Les grandes fortunes seraient taxées lourdement — avec un taux marginal d’imposition pouvant grimper jusqu’à 90 % au-delà de 400 000 euros annuels.
Les marchés ne resteraient pas silencieux. Le spread franco-allemand — l’écart de taux entre la France et l’Allemagne — exploserait probablement dès l’annonce des résultats.
But voilà : ses partisans répondent que l’austérité actuelle n’t pas non plus sans coûts sociaux colossaux. Le débat est réel.
Une diplomatie de rupture avec l’Occident
Mélenchon président, c’est aussi une France qui quitte le commandement intégré de l’OTAN — comme le voulait de Gaulle en 1966. C’est une neutralité revendiquée dans le conflit ukrainien. Une distance prise avec Washington. Et un rapprochement potentiel avec des puissances non alignées. L’Europe, elle, devrait se plier à une rhétorique de « désobéissance aux traités » si ceux-ci contredisent le programme social.
Nos partenaires européens regarderaient ça avec une inquiétude difficile à dissimuler.
Un scénario encore lointain, mais instructif
Still, l’exercice n’est pas purement fictif. Il révèle jusqu’où la gauche radicale est prête à aller — et jusqu’où une partie de la société française est prête à la suivre. En 2027, si la droite se fragmente davantage et que la gauche s’unifie autour de LFI, l’arithmétique électorale pourrait réserver des surprises. La « nouvelle France » de Mélenchon reste un horizon, pas encore une réalité. Mais l’ignorer serait une erreur d’analyse.
