Réformes grecques : ce que la France refuse d’apprendre
Il y a quelque chose d’inconfortable dans cette comparaison, mais elle s’impose. La Grèce, ce pays que l’Europe entière regardait sombrer sous les plans d’austérité il y a dix ans, est aujourd’hui citée en exemple pour sa capacité à réformer. La France, elle, contemple. Et pendant ce temps, les défis structurels s’accumulent.
Athènes fait ce que Paris ne veut pas faire
Depuis 2019, le gouvernement Mitsotakis a mené des réformes substantielles : simplification du code du travail, réduction du taux d’imposition sur les sociétés de 28 % à 22 %, modernisation de l’administration publique. Le résultat est là. La croissance grecque a atteint 2,3 % en 2023, contre 0,9 % pour la France sur la même période. Ce n’est pas anodin.
But ce qui impressionne davantage, c’est la méthode. Athènes a choisi d’expliquer, de convaincre, parfois d’imposer. Sans attendre un consensus mou qui n’arrive jamais. Le gouvernement grec a réformé le système des retraites en relevant l’âge légal à 67 ans — et il l’a fait sans que le pays ne se retrouve bloqué pendant des mois par des grèves nationales à répétition.
La France, prisonnière de sa propre peur du conflit
La réforme des retraites française de 2023 a mobilisé des millions de personnes dans la rue. 1,28 million de manifestants lors de la journée du 7 mars, selon les syndicats. Le gouvernement a finalement utilisé le 49.3 pour faire passer le texte. Victoire à la Pyrrhus : la réforme est adoptée, mais la défiance politique, elle, est intacte.
Still, la question n’est pas de savoir si la France réforme trop ou pas assez. C’est de comprendre pourquoi elle le fait si mal. « Nous n’avons pas de problème avec les réformes, nous avons un problème avec la manière de les conduire », reconnaissait récemment un haut fonctionnaire du ministère de l’Économie sous couvert d’anonymat.
Un problème de récit autant que de volonté
La Grèce a eu la douleur pour professeur. La crise de 2010-2015, avec ses mémorandums imposés par la troïka, a laissé des cicatrices profondes. But elle a aussi créé une acceptation — douloureuse, forcée — de la nécessité de changer. La France, elle, n’a pas encore eu ce choc. Et elle semble vouloir l’éviter à tout prix, quitte à repousser indéfiniment les décisions difficiles.
So le vrai enseignement grec n’est pas technique. Il est politique et culturel.
Ce que Paris pourrait encore choisir
Les prochains mois seront décisifs. Avec un déficit public français attendu autour de 5,5 % du PIB en 2024, la marge de manœuvre rétrécit. Les agences de notation regardent. Les marchés aussi.
La Grèce a prouvé qu’un pays peut se reconstruire s’il accepte d’abord de se regarder en face. La France en est encore à négocier avec son propre miroir. Le courage politique, ça ne s’importe pas — mais ça peut s’inspirer.
