Rokia Traoré : prison, justice et retour sur scène avec Fifty-Fifty
Elle a connu les cellules de détention européennes, les prétoires et le silence forcé. Aujourd’hui, Rokia Traoré remonte sur scène avec Fifty-Fifty, un spectacle qui est bien plus qu’un concert — c’est un témoignage brut sur la liberté retrouvée.
Une épreuve judiciaire hors du commun
Tout commence avec un différend de garde autour de sa fille, née d’une relation avec un ressortissant belge. Ce qui aurait pu rester une procédure familiale banale s’est transformé en cauchemar judiciaire transnational. En mars 2020, la chanteuse malienne est arrêtée à Paris, puis incarcérée en Belgique pendant plusieurs semaines. Elle avait alors 47 ans. Le monde de la musique, sous le choc, avait massivement signé des pétitions en sa faveur — plus de 100 000 signatures en quelques jours. But les tribunaux, eux, ont suivi leur propre calendrier.
La procédure est toujours en appel. Rien n’est définitivement réglé. Et pourtant, Rokia Traoré a choisi de ne plus attendre pour vivre.
Fifty-Fifty : raconter sans filtrer
Le spectacle, présenté pour la première fois devant un public restreint en début d’année, mêle musique, récit et images. C’est elle qui parle, qui chante, qui explique. « Ce spectacle, c’est ma vérité », a-t-elle confié lors de l’entretien accordé au Journal de l’Afrique de France 24. « Je ne voulais pas que quelqu’un d’autre raconte cette histoire à ma place. »
Le titre lui-même dit quelque chose. Fifty-Fifty. La moitié qui résiste, la moitié qui reconstruit. Il y a dans cette formulation une honnêteté désarmante — elle ne prétend pas avoir tout surmonté, ni tout pardonné.
Un silence qui a duré trop longtemps
Entre 2020 et 2024, Rokia Traoré n’a presque pas enregistré. Quelques apparitions, des projets avortés, une voix mise en veille par les procédures et l’épuisement. Still, elle a continué à composer, dans l’intimité, comme on tient un journal. Ces textes écrits dans l’adversité forment aujourd’hui la colonne vertébrale de Fifty-Fifty.
Un responsable culturel proche du dossier, qui a préféré garder l’anonymat, confie : « Ce retour est important au-delà de la personne. Il dit quelque chose sur la capacité des artistes africains à résister à des systèmes judiciaires qui ne les comprennent pas toujours. »
Un retour attendu sur les grandes scènes
Des dates sont prévues au printemps 2025, notamment en France et au Mali. La chanteuse, lauréate de plusieurs prix internationaux dont le Polar Music Prize en 2020 — décerné alors qu’elle était en détention, cruelle ironie — n’t pas encore confirmé l’intégralité du calendrier.
Ce qui est sûr : Rokia Traoré n’est plus en attente. Elle joue. Et ce retour, après tant d’années de bataille, ressemble moins à une renaissance qu’à une confirmation — celle d’une artiste qui n’a jamais vraiment disparu.
