Présidentielle 2027 : Bardella inédit depuis Mitterrand 1988, Philippe challenger en hausse

À douze mois de l’élection présidentielle de 2027, les sondages publiés au cours des dernières semaines convergent vers un constat structurant : Jordan Bardella, président du Rassemblement national, recueille entre 34 et 38 % des intentions de vote au premier tour, un niveau qui n’avait pas été atteint à ce stade de la campagne depuis François Mitterrand en 1988. Édouard Philippe, maire du Havre et candidat déclaré du bloc central, confirme sa position de challenger avec 19 à 25,5 % selon les configurations testées.

Le constat de Frédéric Micheau (OpinionWay)

Le directeur d’OpinionWay Frédéric Micheau a livré une appréciation rare en cabinet d’études : ces niveaux sont « inédits depuis Mitterrand ». La comparaison avec 1988 — où le président sortant socialiste réunissait des intentions de vote massives à un an de l’élection, avant d’être finalement réélu face à Jacques Chirac — est lourde de sens. Elle suggère que la machine politico-médiatique française, habituée à voir les fortes intentions de vote des extrêmes se contracter à l’approche du second tour, pourrait être confrontée à une dynamique d’une autre nature avec Bardella.

Les instituts convergent

L’Ifop-Fiducial, Elabe pour BFMTV, le baromètre Odoxa, Toluna Harris Interactive pour M6/RTL et Ipsos bva pour La Tribune Dimanche convergent tous sur la fourchette 34-38 % pour Bardella, quelle que soit la configuration testée. Dans le scénario testé par M6/RTL début mai, Jordan Bardella obtenait 34 ou 35 % selon la configuration, Marine Le Pen 32 ou 33 % si elle est la candidate du RN.

La position Marine Le Pen

La situation de Marine Le Pen reste structurante de l’équation RN. Condamnée en mars 2025 à cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des assistants parlementaires du RN au Parlement européen, la présidente du parti reste en attente d’un arrêt de la cour d’appel attendu pour le 7 juillet 2026. L’issue de cet appel — confirmation, infirmation partielle ou totale — déterminera si elle peut se présenter en 2027. Le RN gère ce dossier en tenant les deux options ouvertes, avec Bardella comme candidat de substitution déjà roder.

Édouard Philippe consolide

Édouard Philippe, candidat déclaré dès septembre 2024, voit sa position se consolider. Crédité de 20 à 25,5 % au premier tour, en hausse de cinq points depuis octobre 2025 selon Elabe, l’ancien Premier ministre est systématiquement qualifié pour le second tour dans les scénarios testés. Au second tour, un sondage Odoxa de début 2026 lui attribuait 52 % des intentions de vote face à Bardella. Sa réélection à la mairie du Havre en mars 2026 avec 43,76 % des voix au premier tour a confirmé sa dynamique locale.

Macron à 21 % de confiance

Le baromètre Ipsos bva pour La Tribune Dimanche du mois de mai 2026 confirme l’érosion structurelle de la cote présidentielle. Emmanuel Macron recule à 21 % d’opinions favorables (-2 points par rapport à avril) et 75 % d’opinions défavorables (+2 points). Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis septembre 2024, progresse légèrement à 28 % (+1 point). Les ministres les plus appréciés restent Gérald Darmanin (44 %) et Laurent Nuñez (22 %), loin devant Aurore Bergé (13 %).

Les autres candidats

Sur le bloc central, Gabriel Attal (Renaissance) obtient 11,5 % dans les scénarios où Édouard Philippe est absent ; en sa présence, il recule davantage, les deux candidats se disputant le même électorat. Bruno Retailleau, désigné candidat des Républicains par 73,8 % des adhérents le 19 avril 2026, oscille entre 6 et 9 % selon les configurations — une base de départ modeste sur laquelle il entend construire sa campagne, notamment sur les thèmes de la famille et de l’immigration. Sur la gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui vient de déclarer sa candidature, est crédité de 16 % avec 70 % d’opinions négatives, perçu comme un handicap pour la gauche y compris chez les sympathisants de gauche (55 %). Du côté Reconquête, Éric Zemmour ou Sarah Knafo sont créditées de 3 à 5 %.

L’absence d’une candidature unitaire à gauche

La gauche unitaire a annoncé l’organisation d’une primaire le 11 octobre 2026. Mais Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann ont tous deux refusé d’y participer, rendant incertaine toute candidature commune. La fragmentation persistante du champ progressiste limite mécaniquement les chances d’une dynamique de rassemblement avant la présidentielle.

Ce que les sondages ne disent pas

Trois facteurs structurants restent absents des analyses de premier tour. Premièrement, l’arrêt du 7 juillet sur Marine Le Pen, qui peut modifier l’arithmétique RN. Deuxièmement, la dynamique de campagne, généralement plus défavorable aux extrêmes lorsque les positionnements se cristallisent. Troisièmement, le facteur Trump : si le président américain réussit la paix entre Russie et Ukraine, Macron tire un avantage international ; si la guerre s’enlise, le bloc central peinera à valoriser sa carte de la stabilité. À ces inconnues s’ajoute la question du « plafond Bardella » — autrement dit, jusqu’où peut monter le candidat RN au second tour face à un éventuel « front républicain » réactualisé, dans un paysage où l’usure de Macron et la fragmentation du PS-EELV-LFI affaiblissent les ressorts traditionnels de cette mobilisation. La présidentielle 2027 s’annonce, sur la base des sondages actuels, la plus ouverte depuis 2002.

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