Exploitation des hydrocarbures : la Guyane dénonce Paris
Les élus de Guyane montent au créneau contre le gouvernement français. Ils accusent Paris de pratiquer un « colonialisme vert » en bloquant l’exploitation des hydrocarbures au large de leurs côtes, tout en continuant d’importer massivement du pétrole et du gaz produits ailleurs.
Un territoire pris entre développement et interdictions
La controverse éclate après la décision du gouvernement d’interdire tout nouveau projet d’extraction d’hydrocarbures en Guyane, au nom de la transition écologique. Mais pour les élus locaux, c’est une position intenable. Le territoire ultramarien, qui dépend à 95% des importations énergétiques, se voit refuser le droit d’exploiter ses propres ressources tandis que la France métropolitaine continue d’acheter du pétrole à l’étranger.
Gabriel Serville, président de l’Assemblée de Guyane, ne mâche pas ses mots : « On nous impose une écologie à deux vitesses. Paris refuse qu’on exploite nos ressources mais n’hésite pas à importer du pétrole de pays qui n’ont aucun respect des normes environnementales. C’est du colonialisme vert, pur et simple. »
Des milliards de barils sous l’océan
Le plateau continental guyanais renfermerait jusqu’à 4,5 milliards de barils de pétrole, selon les estimations géologiques. Des réserves qui pourraient transformer l’économie locale et créer des milliers d’emplois dans un territoire où le taux de chômage atteint 17%, soit plus du double de la moyenne nationale.
Les élus pointent l’hypocrisie de la situation. La France importe chaque année environ 60 millions de tonnes de pétrole brut, principalement d’Afrique, du Moyen-Orient et de Russie. Et ces importations n’ont pas diminué malgré les engagements climatiques de Paris.
Une fracture qui s’aggrave
Cette nouvelle tension s’ajoute à une longue liste de griefs. Les Guyanais dénoncent depuis des années un manque d’investissements dans les infrastructures, la santé et l’éducation. Le territoire, qui possède le centre spatial de Kourou dont profite toute l’Europe, estime ne pas recevoir sa juste part des retombées économiques.
Le débat risque de s’intensifier dans les prochaines semaines.
D’autres territoires d’outre-mer, notamment la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie, observent attentivement ce bras de fer. Ils pourraient rejoindre le mouvement de contestation si Paris maintient sa ligne dure sur l’exploitation des ressources naturelles. La question du « colonialisme vert » pourrait bien devenir un thème majeur des relations entre la métropole et ses territoires ultramarins dans les années à venir.
