Macron à 20 % de confiance : ce que change la chute du président sortant
Le baromètre Elabe pour Les Échos publié mardi 13 mai 2026 confirme l’érosion structurelle de la cote présidentielle. Emmanuel Macron tombe à 20 % de confiance — son plus bas niveau depuis plusieurs années. 74 % des Français déclarent ne plus lui faire confiance. À douze mois de l’élection présidentielle, l’impopularité du chef de l’État devient l’une des données structurantes de la campagne 2027 et impose un repositionnement stratégique pour les candidats du bloc central.
L’effacement délibéré
La chute n’est ni soudaine ni accidentelle. Le baromètre signale une perte de 3 points en un mois, de 5 points en deux mois. L’effacement progressif du président est délibéré : Macron a réduit ses interventions publiques depuis le début de 2026, laissant le gouvernement Lecornu davantage en première ligne. Mais le retrait stratégique ne suffit pas à effacer une image perçue comme distante, parfois méprisante, et systématiquement impopulaire.
Les chiffres derrière la chute
Les indicateurs économiques et sociaux nourrissent le rejet. Le chômage atteint 8,1 % au premier trimestre 2026, effaçant l’objectif emblématique du « plein emploi à 5 % » qui constituait un engagement central de 2017. L’inflation cumulée depuis 2021 a amputé le pouvoir d’achat de 8 à 12 % pour les ménages les moins aisés selon les estimations de la Banque de France. La réforme des retraites de 2023, toujours rejetée par une majorité de Français, continue de peser sur l’image du président.
Le dilemme du bloc central
Pour les principaux candidats potentiels du bloc central — Édouard Philippe et Gabriel Attal — l’équation est devenue redoutable. Tous deux ont construit leur projet politique dans le cadre macroniste. Tous deux doivent désormais composer avec un héritage que 74 % des Français rejettent. La distinction d’avec Macron devient une nécessité tactique avant même d’être un choix politique. Mais la rupture trop nette risque d’aliéner les 12 à 15 % qui font encore confiance au président — soutien décisif dans des primaires probablement disputées.
Yaël Braun-Pivet ouvre la voie
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a ouvert le bal de l’auto-critique macroniste. Sur le plateau des « 4 Vérités » jeudi 7 mai, elle a reconnu sans ambages : « Le pouvoir a été trop vertical, l’Assemblée nationale n’a pas été assez écoutée. » Évoquant des « points de désaccord » avec le parti présidentiel et regrettant des décisions parfois « catastrophiques », elle a admis : « Sur le plan de la méthode, nous n’avons pas bien géré les choses. »
L’aveu d’Attal
L’ancien Premier ministre Gabriel Attal, invité du « 8h30 franceinfo » jeudi 7 mai, est allé plus loin dans le constat de l’épuisement de la formule présidentielle. Sa stratégie de positionnement pour 2027 doit composer avec un paradoxe : se présenter comme l’héritier d’un macronisme qui a partiellement gouverné, mais aussi comme celui qui peut faire mieux que le modèle qui l’a porté.
Le scénario du duel RN-LFI
Le risque stratégique le plus aigu pour le bloc central est un second tour qui se jouerait entièrement entre les extrêmes. Les sondages successifs depuis fin 2025 placent Jordan Bardella (Rassemblement national) en tête des intentions de vote au premier tour. À gauche, la situation reste plus fluide entre LFI, le PS et les Écologistes, mais l’hypothèse d’une qualification de la France insoumise au second tour ne peut plus être écartée. Pour Renaissance et Horizons, la priorité opérationnelle est d’empêcher cette configuration — c’est-à-dire de maintenir un candidat de leur camp en deuxième position au premier tour.
Les derniers mois à l’Élysée
Pour Macron lui-même, les douze prochains mois s’annoncent comme une gestion soignée du passage de témoin. Le 8 mai 2026, il a présidé pour la dernière fois — symboliquement — les commémorations de la Victoire de 1945 sur les Champs-Élysées. Sa tournée africaine de cinq jours en Égypte, au Kenya et en Éthiopie, dédiée à la sécurisation du détroit d’Ormuz, a été présentée comme l’une des dernières grandes initiatives diplomatiques de son quinquennat. Comme l’a observé un éditorialiste du Monde la semaine dernière : la présidence Macron entre désormais dans sa phase de bilan. Le bilan, toutefois, ne sera pas réécrit par les seuls actes des douze derniers mois. Il a déjà été largement fixé par les neuf qui les ont précédés.
