Épidémie d’Ebola en Ituri : les soignants de Bunia à bout de forces

À Bunia, capitale de la province de l’Ituri, les blouses blanches tiennent debout, mais à quel prix. Depuis que l’épidémie d’Ebola a resurgi dans cette région de l’est de la République démocratique du Congo, les soignants se retrouvent en première ligne d’une bataille qu’ils mènent souvent sans filet, épuisés, et de plus en plus seuls face à la peur.

Une province dévastée par le virus

L’Ituri est aujourd’hui la province la plus touchée par cette vague épidémique. Les chiffres donnent le vertige : plusieurs dizaines de cas confirmés ces dernières semaines, des zones de santé paralysées, et des équipes médicales qui travaillent dans des conditions que beaucoup qualifient d’intenables. Dans certains centres de traitement, un seul médecin peut se retrouver à gérer une vingtaine de patients suspects en même temps. Les équipements de protection individuelle manquent. Les stocks de désinfectant s’épuisent. Et le temps, lui, ne s’arrête pas.

La peur s’installe dans les couloirs des hôpitaux

Ce qui frappe le plus en circulant dans les couloirs de l’hôpital général de Bunia, c’est le silence. Pas celui du calme, mais celui de la résignation. Une infirmière, 34 ans de métier derrière elle, confie en baissant la voix qu’elle hésite chaque matin avant de franchir le portail de l’établissement. « On soigne les gens, c’est notre mission. Mais on a peur aussi. On est humains. »

Cette peur n’est pas irrationnelle. Depuis le début de l’épidémie, plusieurs agents de santé ont été contaminés en RDC. Ici, on connaît des collègues qui sont tombés malades. Certains n’ont pas survécu.

Une riposte qui peine à rassurer

La riposte officielle est en cours. Des équipes de l’OMS et du ministère congolais de la Santé sont déployées sur le terrain. Des campagnes de vaccination ciblées ont démarré dans les zones à risque. Selon un responsable sanitaire local contacté par notre correspondant, « plus de 1 200 personnes ont déjà reçu le vaccin rVSV-ZEBOV dans les zones les plus exposées de la province ».

Mais sur le terrain, la coordination reste difficile. Les routes impraticables, les tensions sécuritaires persistantes dans certaines zones d’Ituri, et la méfiance d’une partie de la population compliquent chaque intervention. Still, les équipes avancent, jour après jour, avec les moyens du bord.

L’appel à ne pas laisser tomber les soignants

Les professionnels de santé de Bunia ne demandent pas grand-chose. Du matériel. Du soutien psychologique. Et la certitude qu’ils ne seront pas abandonnés si, eux aussi, ils tombent malades. Ces demandes, pourtant simples, restent souvent sans réponse rapide.

Dans les semaines à venir, l’évolution de l’épidémie dépendra en grande partie de leur capacité à tenir. Sans eux, aucune riposte n’est possible. La question est de savoir combien de temps encore ils pourront le faire, seuls, dans l’ombre.

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