Pouvoir judiciaire contre pouvoir politique : la fracture s’approfondit

Un diagnostic sans détour

C’est une phrase qui claque. Invité sur le plateau de CNews, l’avocat et essayiste Ghislain Benhessa n’a pas mâché ses mots : « Il y a un combat entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique. » Pas une tension, pas une friction. Un combat. Le choix du terme n’est pas anodin, et il a immédiatement relancé le débat sur l’équilibre des pouvoirs en France.

Benhessa, connu pour ses prises de position tranchées sur les questions institutionnelles, s’exprimait dans un contexte particulièrement chargé. Ces derniers mois, plusieurs affaires judiciaires impliquant des figures politiques de premier plan ont alimenté les polémiques. Et la frontière entre justice indépendante et instrumentalisation politique semble, selon lui, de plus en plus poreuse.

Une tension qui couve depuis des années

Ce n’est pas nouveau, à vrai dire. Depuis au moins une décennie, les relations entre magistrats et hommes politiques se sont considérablement dégradées. Les mises en examen de personnalités comme Nicolas Sarkozy, les enquêtes visant des ministres en exercice ou encore les procédures accélérées avant des échéances électorales ont nourri, des deux côtés, un sentiment de défiance.

Côté politique, on accuse régulièrement certains juges de faire de « l’activisme judiciaire ». Côté magistrature, on dénonce des pressions, des tentatives d’intimidation, parfois des réformes législatives perçues comme des coups de force. En 2023, une étude du Conseil supérieur de la magistrature relevait que 67 % des magistrats interrogés estimaient subir une pression accrue dans les dossiers à caractère politique.

«Les contre-pouvoirs sont là pour ça»

Un haut fonctionnaire proche du dossier, qui a requis l’anonymat, tempère pourtant : « Dans une démocratie, les contre-pouvoirs sont là pour ça. Le problème, c’est quand chacun dépasse son rôle. » Une formule prudente, mais qui dit beaucoup sur le malaise ambiant.

Benhessa, lui, va plus loin. Il pointe une forme de politisation rampante du parquet, mais aussi une réaction politique qui se traduit par des attaques répétées contre l’institution judiciaire. Un cercle vicieux, en somme.

Quelle issue pour cette crise institutionnelle ?

La question reste ouverte. Certains juristes plaident pour une réforme constitutionnelle qui clarifierait définitivement le statut du parquet et renforcerait son indépendance vis-à-vis de l’exécutif. D’autres estiment qu’une telle réforme, sans consensus politique solide, ne ferait qu’aggraver les tensions.

Le débat sur la séparation des pouvoirs n’a jamais été aussi vif depuis la Ve République.

Dans les prochaines semaines, la commission des lois de l’Assemblée nationale devrait se saisir du sujet. Mais avec un paysage politique aussi fragmenté, obtenir une majorité pour réformer en profondeur la relation entre justice et politique relève, pour l’heure, du pari risqué.

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