Tour de France : Pogacar écrase l’Alpe d’Huez et pulvérise Pantani
Il n’avait plus besoin de regarder dans son rétroviseur. Tadej Pogacar, maillot jaune vissé sur les épaules, a franchi en solitaire la ligne d’arrivée au sommet de l’Alpe d’Huez vendredi, concluant la 19e étape du Tour de France par une démonstration qui laissera des traces. Une démonstration, et un record. Celui de Marco Pantani, établi en 1995, appartient désormais au passé.
Une ascension d’un autre monde
Pogacar a grimpé les 13,8 kilomètres de l’Alpe d’Huez en 35 minutes et 36 secondes, effaçant le chrono de Pantani qui tenait depuis 29 ans. L’Italien avait bouclé la montée en 36 minutes et 45 secondes lors du Tour 1995, dans une époque que le cyclisme préfère aujourd’hui oublier — celle de l’EPO massive, des transfusions sanguines et des contrôles quasi inexistants. Ce contexte, personne ne l’élude.
Pourtant, le Slovène de 25 ans n’a pas tremblé. Attaquant dans les derniers kilomètres, il a lâché ses derniers adversaires un à un, avec une facilité déconcertante. Vingt-et-un virages, un seul homme au sommet.
Une course sans véritable adversaire
Le Tour 2024 ressemble, depuis plusieurs jours, à un long monologue. Pogacar domine le classement général avec une avance confortable, et ses concurrents directs n’ont tout simplement pas les jambes pour répondre. Jonas Vingegaard, double tenant du titre, n’a pas pu suivre l’accélération du leader. Les autres ? Encore plus loin.
C’est ce qui rend ce record particulièrement spectaculaire — et particulièrement commenté. Battre Pantani sur cette montée, c’est toucher à quelque chose de presque sacré dans l’histoire du cyclisme. L’Alpe d’Huez, c’est le théâtre des grandes épopées, des images qui restent.
« Ce que Pogacar réalise sur ce Tour est hors norme », a déclaré un responsable de l’organisation de la course. « On assiste à quelque chose de rarissime. »
L’ombre du passé, inévitable
Battre un record des années 1990, dans le cyclisme, ça ne se fait jamais sans débat. Le nom de Pantani porte avec lui le poids d’une ère gangrenée par le dopage institutionnalisé. Plusieurs observateurs et anciens coureurs ont immédiatement soulevé la question sur les réseaux sociaux et dans les médias spécialisés.
But Pogacar n’est pas Pantani. Le contexte antidopage a radicalement changé, les contrôles sont nettement plus stricts, et le Slovène n’a jamais été mis en cause. Still, la comparaison alimentera les discussions bien au-delà de l’arrivée à Paris.
La dernière ligne droite vers Paris
Il reste deux étapes avant les Champs-Élysées. Sauf catastrophe, Pogacar soulèvera son troisième trophée du Tour de France dimanche. À 25 ans. Et avec, désormais, un record de l’Alpe d’Huez dans la besace. Le cyclisme est en train de vivre quelque chose. La question, pour les années à venir, c’est de savoir si quelqu’un sera capable de lui répondre.
