Manifestation protestation foule

Surtourisme à Majorque : des milliers d’habitants dans la rue

Des milliers de résidents de l’île espagnole de Majorque ont envahi les rues ce week-end pour crier leur ras-le-bol face au surtourisme. Banderoles, sifflets, slogans — la colère était palpable. Une manifestation qui marque un tournant dans la relation entre les îles Baléares et une industrie touristique devenue, selon beaucoup, incontrôlable.

Une île à bout de souffle

Majorque accueille chaque année plus de 13 millions de touristes pour une population locale d’à peine 900 000 habitants. En été, ce ratio explose. Les plages bondées, les routes saturées, les loyers qui s’envolent — les habitants ne supportent plus de voir leur île se transformer en parc d’attractions. Certains quartiers de Palma, la capitale, ont vu leurs prix immobiliers grimper de 40 % en cinq ans, poussant les familles locales vers les périphéries.

Mais ce n’est pas qu’une question de prix. C’est aussi une question d’identité. Beaucoup de manifestants portaient des pancartes avec des messages sans ambiguïté : « Majorque n’est pas à vendre » ou encore « Vos vacances, notre enfer ». Le message est clair.

Une mobilisation historique

Selon les organisateurs, près de 50 000 personnes ont défilé dans les rues de Palma samedi. La police locale parle, elle, de 25 000 participants — mais même ce chiffre en ferait l’une des plus grandes manifestations de l’histoire récente de l’île. Des habitants de tous âges, des pêcheurs, des enseignants, des restaurateurs. Pas seulement des militants. Des gens ordinaires, fatigués.

La mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large. Des protestations similaires ont eu lieu ces derniers mois aux Canaries, à Barcelone ou encore à Venise. Le surtourisme est devenu un phénomène mondial, mais ses conséquences, elles, sont très locales.

Les autorités sous pression

Face à la gronde, un représentant du gouvernement régional des Baléares a reconnu que « la situation nécessite des mesures urgentes et concrètes ». Une déclaration qui reste vague pour beaucoup de manifestants, qui réclament depuis des mois un plafonnement du nombre de lits touristiques et une taxe de séjour plus élevée.

La taxe actuelle, fixée à 4 euros par nuit en haute saison, est jugée insuffisante. Certains élus proposent de la doubler, voire de tripler. Mais les lobbys hôteliers résistent.

Et maintenant ?

Les organisateurs du mouvement ont annoncé qu’ils ne comptaient pas s’arrêter là. Une pétition adressée au gouvernement espagnol a déjà recueilli plus de 80 000 signatures en ligne. D’autres actions sont prévues cet été, précisément au moment où les flux touristiques atteignent leur pic.

L’avenir de Majorque se jouera peut-être là, dans cet équilibre impossible entre une économie largement dépendante du tourisme et des habitants qui exigent de vivre, tout simplement, chez eux.

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