Goons au Kenya : ces hommes de main qui font trembler la démocratie
Nairobi, Kenya — À moins d’un an du lancement officiel de la campagne présidentielle de 2027, les organisations de défense des droits humains au Kenya tirent la sonnette d’alarme sur un phénomène qui gangrène la vie politique du pays : les goons. Ces hommes de main, recrutés et payés par des élus ou des aspirants politiques, sont devenus les instruments d’une violence diffuse, ciblée et de plus en plus assumée.
Qui sont vraiment les goons ?
Le terme n’est pas nouveau dans le vocabulaire politique kenyan. Mais depuis les grandes manifestations anti-gouvernementales de juin et juillet 2024 contre le régime de William Ruto — qui avaient fait au moins 39 morts selon Amnesty International —, leur présence s’est considérablement intensifiée. Ce sont généralement des jeunes hommes issus de quartiers pauvres de Nairobi comme Mathare ou Kibera, recrutés pour quelques centaines de shillings, l’équivalent de quelques euros, parfois simplement pour une nuit de travail. Leur mission : infiltrer des rassemblements politiques adverses, provoquer des bagarres, filmer les opposants, ou tout simplement installer un climat de peur.
Encore faut-il les repérer. Et c’est là que réside toute la difficulté.
Les ONG face à un phénomène difficile à documenter
L’organisation kenyane Haki Africa a recensé plus de 120 incidents impliquant des individus identifiés comme goons entre janvier et septembre 2024, dans au moins sept comtés différents. But ces chiffres, selon ses propres chercheurs, sont très probablement sous-estimés. Beaucoup de victimes ne portent pas plainte, par peur des représailles ou par manque de confiance envers la police.
« Ces individus opèrent dans une zone grise juridique totale », explique un responsable d’une ONG de défense des droits civiques basée à Nairobi. « Personne ne les mandate officiellement, personne ne les revendique. Et pourtant, tout le monde sait d’où viennent les ordres. »
Human Rights Watch, dans un rapport publié en octobre 2024, a documenté plusieurs cas où des goons avaient été transportés en minibus depuis leurs quartiers jusqu’aux lieux de rassemblement, parfois avec la complicité passive de forces de l’ordre locales.
Une instrumentalisation qui s’organise
So le problème n’est pas seulement celui de la violence physique. C’est aussi celui de l’intimidation systématique des journalistes, des activistes et des simples citoyens qui osent filmer ou témoigner. Plusieurs reporters indépendants ont signalé avoir été suivis ou menacés après avoir couvert des événements où des goons étaient présents. Yet la presse kenyane, habituellement combative, semble peiner à traiter ce sujet en profondeur, tant les pressions sont réelles.
Still, certaines voix s’élèvent. Une coalition d’une vingtaine d’organisations de la société civile a déposé en novembre dernier un mémorandum auprès de la Commission nationale des droits de l’homme du Kenya, réclamant une enquête indépendante et des poursuites contre les commanditaires présumés.
Vers 2027, l’inquiétude grandit
À mesure que l’horizon électoral se rapproche, les craintes s’amplifient. Les élections de 2007 avaient laissé un traumatisme profond dans la mémoire collective kenyane, avec plus de 1 300 morts lors de violences post-électorales. And même si le contexte est différent, les signaux d’aujourd’hui inquiètent. La mobilisation des goons à grande échelle, bien avant le scrutin, ressemble moins à de l’improvisation qu’à une stratégie rodée.
Les prochains mois diront si les institutions kenyanes ont la volonté — et les moyens — d’y mettre fin.
