Kenya : les ‘goons’, mercenaires de la violence politique, alarment les ONG
Nairobi, Kenya — Ils s’appellent les goons. Ces hommes de main recrutés par des politiciens kényans pour intimider, agresser, voire éliminer des opposants constituent une menace croissante pour la démocratie du pays, selon plusieurs organisations de défense des droits humains. À l’approche des prochaines échéances électorales, la situation inquiète sérieusement.
Un phénomène ancré dans le paysage politique kényan
Le terme goon désigne ces individus, souvent jeunes, issus de quartiers défavorisés comme Mathare ou Kibera à Nairobi, qui louent leur violence au plus offrant. Ils ne sont pas nouveaux. Mais leur recours systématique par des élus ou des candidats s’est intensifié depuis les violences post-électorales de 2007-2008, qui avaient fait plus de 1 300 morts. Depuis, le phénomène s’est banalisé, structuré, professionnalisé.
Des ONG comme Human Rights Watch et Amnesty International Kenya documentent depuis plusieurs années des cas d’attaques ciblées lors de meetings politiques, de destructions de permanences électorales, de menaces contre des journalistes. Et les auteurs sont presque toujours ces goons, jamais inquiétés par la justice.
Un recrutement qui exploite la précarité
Ce qui rend le phénomène particulièrement difficile à enrayer, c’est son terreau social. Un jeune de 20 ans sans emploi dans un bidonville de Nairobi peut se voir proposer entre 500 et 2 000 shillings kényans — soit 4 à 15 euros — pour participer à une action violente. C’est parfois l’équivalent d’une semaine de revenus. So le choix, pour beaucoup, n’est pas vraiment un choix.
« Ces jeunes sont instrumentalisés par des élites politiques qui n’assument jamais leurs responsabilités directement », a déclaré un représentant d’une ONG locale basée à Nairobi. « Ce sont eux qui vont en prison quand ils y vont, et ceux qui les ont payés continuent leur carrière. »
Une impunité qui dure
C’est peut-être ça le cœur du problème : l’impunité. Selon un rapport publié en 2023 par la Commission nationale des droits humains du Kenya (KNCHR), moins de 8 % des cas de violence politique documentés entre 2017 et 2022 ont abouti à des poursuites judiciaires. Huit pour cent. Still, les autorités promettent régulièrement que « les coupables seront traduits en justice ».
Le Bureau du procureur général a annoncé en début d’année une unité spéciale chargée de traquer les commanditaires de violences électorales. Une initiative saluée prudemment par les ONG, qui attendent de voir.
Un risque accru pour 2027
Avec les élections générales prévues en août 2027, les organisations de la société civile redoutent une recrudescence des violences. Les tensions entre partisans de William Ruto et ceux de Raila Odinga restent vives dans plusieurs régions. Et les goons sont déjà là, en attente.
La vraie question n’est pas de savoir s’il y aura de la violence. C’est de savoir si le Kenya aura, cette fois, la volonté politique de briser le cycle.
