Pfas dans l’eau : les communes face à une facture colossale

Dans une vingtaine de communes de la Meuse et des Ardennes, les habitants n’ont plus le droit de boire l’eau du robinet depuis plus d’un an. La cause : une contamination aux Pfas — ces substances per- et polyfluoroalkylées que les scientifiques surnomment « polluants éternels » — à des niveaux records. Et pendant que les responsabilités se renvoient d’un bureau à l’autre, ce sont les collectivités locales qui se retrouvent à payer l’addition.

Des communes prises en étau

Le quotidien de ces municipalités a basculé du jour au lendemain. Il a fallu organiser la distribution d’eau en bouteille, installer des citernes, informer les habitants, gérer l’angoisse. À Stenay, commune meusienne d’environ 2 800 âmes, la mairie a déboursé plusieurs dizaines de milliers d’euros en quelques mois rien que pour assurer l’approvisionnement d’urgence. « Victimes, c’est à nous de payer », résume amèrement un élu local, qui préfère rester anonyme. Le sentiment d’injustice est palpable.

Car les sources de contamination, elles, sont identifiées depuis longtemps. Mousses anti-incendie utilisées sur des bases militaires, rejets industriels, épandages agricoles : les Pfas ont été déversés pendant des décennies. Mais les procédures judiciaires avancent lentement, et les industriels concernés contestent leur responsabilité.

Des coûts qui donnent le vertige

Traiter l’eau contaminée aux Pfas, c’est techniquement possible. Mais le prix est astronomique. L’installation de filtres à charbon actif ou de membranes à osmose inverse sur une station de traitement peut coûter entre 500 000 et plusieurs millions d’euros selon la taille du réseau. Sans compter la maintenance, les analyses régulières, le remplacement des cartouches.

Pour de petites communes rurales dont le budget annuel total dépasse à peine quelques centaines de milliers d’euros, ces sommes sont tout simplement inatteignables sans aide extérieure. Les agences de l’eau peuvent cofinancer une partie des travaux, mais leurs enveloppes ne sont pas illimitées. Et les dossiers prennent du temps — beaucoup trop de temps quand des familles ne peuvent pas cuisiner avec leur eau depuis quatorze mois.

Des alertes qui se multiplient partout en France

Ce qui se passe dans la Meuse et les Ardennes n’est pas un cas isolé. Depuis l’entrée en vigueur de nouvelles normes européennes plus strictes sur les Pfas en 2023, les analyses révèlent des dépassements dans des dizaines de bassins versants à travers le pays. Bretagne, Normandie, Hauts-de-France : les cartes de contamination s’élargissent chaque trimestre.

La France n’a toujours pas de plan national coordonné pour répondre à ces pollutions diffuses.

Des associations d’élus réclament désormais un fonds d’urgence dédié, abondé par l’État et par les industriels pollueurs. Une proposition de loi circule au Parlement, mais son calendrier d’examen reste incertain. En attendant, dans les Ardennes comme en Meuse, les maires comptent leurs factures et regardent leurs administrés acheter de l’eau en supermarché. La dépollution durable, elle, appartient encore au futur.

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