Ceuta : Trump crie à l' »invasion » mais 48 000 migrants sont déjà rentrés au Maroc

À Ceuta, la réalité a rattrapé la rhétorique. Alors que Donald Trump et plusieurs leaders de l’extrême droite européenne brandissaient jeudi et vendredi les images de l’enclave espagnole pour dénoncer une supposée « invasion » migratoire, plus de 48 000 des 60 000 personnes arrivées sur le territoire avaient déjà retraversé la frontière vers le Maroc — en moins de vingt-quatre heures. Des chiffres publiés par le ministère espagnol de l’Intérieur qui contredisent frontalement le récit catastrophiste amplifié sur les réseaux sociaux.

Trump s’empare des images de Ceuta

Depuis Washington, l’ancien président américain n’a pas attendu d’avoir tous les faits en main. Sur sa plateforme Truth Social, Trump a partagé des vidéos de migrants traversant les eaux peu profondes séparant le Maroc de Ceuta, en les accompagnant d’un commentaire cinglant contre Joe Biden et la gauche américaine. « C’est ce qui arrive quand vous avez des frontières ouvertes », a-t-il écrit, ignorant qu’il s’agissait d’une enclave espagnole sur le sol africain, à des milliers de kilomètres des États-Unis.

En Europe, le phénomène a été immédiat. Des élus du Rassemblement national en France, du Vox espagnol et de l’AfD allemand ont relayé les mêmes images, souvent sans contexte, pour alimenter leurs campagnes anti-immigration respectives.

Une « invasion » qui s’est dégonflée en quelques heures

But voilà ce que ces publications n’ont pas montré. Dès jeudi soir, les autorités marocaines ont renforcé leur présence à la frontière et facilité le retour des migrants. Le flux s’est inversé à une vitesse spectaculaire. Sur les 60 000 personnes entrées dans l’enclave — un record absolu —, 48 000 étaient déjà reparties vendredi matin selon Madrid. Soit environ 80 % des arrivants, en moins d’un jour.

« La situation est sous contrôle et nous travaillons en coordination étroite avec nos partenaires marocains », a déclaré un porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur, soulignant la coopération bilatérale qui a permis ce retour massif.

Still, plusieurs milliers de personnes demeurent sur place. Parmi elles, des mineurs non accompagnés dont le sort reste incertain.

La politique récupérée, les faits ignorés

C’est devenu une mécanique bien rodée. Une image choc, un partage viral, une conclusion politique tirée avant même que la poussière retombe. À Ceuta, cette séquence s’est jouée en accéléré. And pendant que Trump et ses alliés européens construisaient leur narrative d’effondrement des frontières, les garde-côtes espagnols et les forces marocaines organisaient, eux, le retour ordonné de dizaines de milliers de personnes.

Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a vivement critiqué l’instrumentalisation politique de la crise, accusant l’opposition de droite de « mentir délibérément » sur l’ampleur et la nature des événements.

Ce que la suite va révéler

La question qui se pose désormais est moins celle de l' »invasion » que celle des causes profondes. Pourquoi autant de personnes ont-elles tenté de franchir cette frontière en même temps ? Des sources diplomatiques évoquent des tensions entre Madrid et Rabat sur d’autres dossiers comme toile de fond possible. Les prochains jours diront si cette crise éclair était un accident ou un avertissement. Ce qui est sûr, c’est que les images, elles, continueront de circuler bien après que la frontière se sera refermée.

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