Os de mammouth découverts dans le Danube asséché en Bulgarie

Des ossements de mammouth vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années ont été mis au jour dans le lit du Danube, en Bulgarie, révélés par un niveau d’eau historiquement bas dû à une sécheresse persistante. Une découverte paléontologique inattendue, rendue possible par une catastrophe climatique.

Le fleuve recule, le passé resurgit

C’est près de la ville de Roussé, dans le nord de la Bulgarie, que des riverains ont repéré les premiers fragments osseux. Le Danube, qui traverse dix pays européens sur plus de 2 800 kilomètres, affiche des niveaux d’eau parmi les plus faibles enregistrés depuis plusieurs décennies. À certains endroits, le fleuve a reculé de plusieurs mètres par rapport à son lit habituel, exposant des fonds normalement inaccessibles.

Les autorités bulgares ont rapidement dépêché une équipe de paléontologues sur place. Les experts ont identifié des ossements appartenant à au moins un individu de l’espèce Mammuthus primigenius, le mammouth laineux, dont la présence en Europe centrale et orientale remonte à entre 20 000 et 40 000 ans. Parmi les pièces retrouvées : une omoplate, plusieurs vertèbres et des fragments de défenses.

Une sécheresse qui joue le rôle d’archéologue

Le paradoxe est saisissant. La sécheresse qui frappe l’Europe centrale et les Balkans depuis plusieurs mois — avec des précipitations en déficit de près de 40 % sur les six derniers mois dans la région — devient malgré elle un outil de fouille. Les sédiments fluviaux, naturellement enfouis sous des mètres d’eau, se retrouvent à nu.

Ce n’est pas la première fois que des os préhistoriques ressurgissent de lits de fleuves européens. Mais la fréquence de ces découvertes augmente. Et les scientifiques s’accordent à dire que le réchauffement climatique, en accentuant les épisodes de sécheresse, crée des fenêtres d’accès inédites à des strates géologiques jusqu’alors immergées.

« Ces ossements sont dans un état de conservation remarquable, ce qui laisse penser qu’ils ont été protégés par les sédiments pendant des millénaires », a déclaré un responsable de l’Institut national d’archéologie de Sofia.

Des fouilles délicates contre la montre

Le temps presse. Les équipes sur place savent que les prochaines pluies, ou une remontée du niveau du fleuve, pourraient à nouveau submerger le site en quelques heures. Les chercheurs travaillent donc dans l’urgence, documentant chaque pièce avant extraction, avec des relevés photographiques en 3D.

Une dizaine d’ossements ont déjà été prélevés et transférés au musée régional de Roussé pour analyse et conservation.

Que nous réserve encore le Danube ?

Les paléontologues bulgares espèrent que d’autres sections du fleuve, toujours exposées, pourraient livrer des vestiges supplémentaires. Des prospections sont prévues sur une trentaine de kilomètres en aval de Roussé dans les prochaines semaines. But au-delà de l’enthousiasme scientifique, cette découverte est aussi un signal d’alarme : c’est le dérèglement climatique qui l’a rendue possible.

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