AUSSOM en Somalie : l’incertitude après le retrait américain
L’avenir de la mission de stabilisation de l’Union africaine en Somalie, l’AUSSOM, est suspendu à une échéance brutale : le retrait total du financement américain d’ici fin 2026. Une décision qui tombe au pire moment, alors que les Shabab continuent de frapper et que des milliers de civils fuient encore les violences à la frontière éthiopienne.
Un financement vital qui disparaît
Washington assure aujourd’hui environ 18 % du budget opérationnel de l’AUSSOM, soit plusieurs dizaines de millions de dollars par an. Sans ce soutien, les pays contributeurs de troupes — dont l’Ouganda, le Burundi et Djibouti — devront soit combler le vide, soit réduire leurs effectifs sur le terrain. Et personne ne sait encore qui paiera.
L’Union africaine a lancé des consultations d’urgence avec ses États membres et avec l’Union européenne, qui finance elle aussi une partie de la mission. Mais les discussions avancent lentement. Trop lentement, estiment plusieurs observateurs basés à Nairobi.
Les Shabab profitent de chaque faille
Sur le terrain, le groupe jihadiste al-Shabab n’a pas attendu les débats diplomatiques. Depuis le début de l’année, il a mené plus de 200 attaques recensées dans les régions du Bas-Chébéli et du Galguduud, selon des données compilées par le Armed Conflict Location & Event Data Project. Les cibles : des convois militaires, des marchés, des fonctionnaires locaux.
« Si la mission perd en capacité, les Shabab gagneront en territoire. C’est aussi simple que ça », a déclaré un responsable de l’Union africaine sous couvert d’anonymat, lors d’un briefing à Addis-Abeba la semaine dernière.
L’armée somalienne, malgré des progrès réels depuis 2022, n’est pas encore en mesure d’assurer seule la sécurité du pays. Les unités restent mal équipées, les salaires souvent impayés, la chaîne de commandement encore fragile.
À la frontière éthiopienne, les civils paient le prix
Dans la région de Doolow, à la frontière avec l’Éthiopie, le camp de déplacés déborde. Plus de 400 000 personnes y vivaient selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et les arrivées se poursuivent semaine après semaine. Certains fuient les Shabab. D’autres, les affrontements entre clans qui éclatent dans les zones où la présence des forces de sécurité s’est effilochée.
Les conditions sont précaires. L’eau, la nourriture, les soins médicaux manquent.
Quelle sortie de crise possible ?
Plusieurs pistes circulent : un financement alternatif via l’ONU, une contribution accrue des pays du Golfe — l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont régulièrement cités — ou encore une montée en puissance accélérée des forces somaliennes. But chacune de ces options prend du temps. Et le temps, c’est exactement ce que la Somalie n’t a pas.
D’ici 2026, si aucune solution n’est trouvée, l’AUSSOM pourrait se retrouver en situation de survie budgétaire. Le scénario d’une mission réduite à sa plus simple expression n’est plus seulement théorique. Il est, pour beaucoup, déjà probable.
