Inflation française à 2,2% en avril: le retour de l’énergie chère
L’inflation française est confirmée à +2,2% sur un an en avril 2026, contre +1,7% en mars, selon les chiffres définitifs publiés par l’INSEE le 13 mai dernier. Sur un mois, les prix à la consommation augmentent de 1,0%, le troisième mois consécutif de hausse au même rythme. Le ressort principal est sans ambiguïté : l’énergie, en accélération brutale, traduit dans les prix de détail le choc géopolitique du conflit iranien.
La mécanique des prix
La hausse des prix de l’énergie atteint +14,3% sur un an en avril, contre +7,4% en mars – presque un doublement de la pression mensuelle. Le détail produit par produit est encore plus spectaculaire. Les produits pétroliers bondissent de +31,4% sur un an (après +18,1% en mars). Le gazole s’envole de +42,1% (après +23,5%), l’essence de +17,8% (après +9,9%), les combustibles liquides de +58,9% (après +40,9%). À l’inverse, les prix de l’électricité continuent de baisser, mais moins vite qu’auparavant (-1,0% après -3,1%), et les prix du gaz se contractent légèrement plus vite (-3,1% après -2,2%).
Les autres composantes du panier des ménages restent calmes. Les prix de l’alimentation ralentissent (+1,2% après +1,8%). Les prix des produits manufacturés baissent un peu plus vite qu’en mars (-0,6% après -0,5%). Les services accélèrent à peine (+1,8% après +1,7%). Le tabac progresse au même rythme (+3,2%).
L’inflation sous-jacente reste contenue
L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix les plus volatils (énergie, alimentation), s’établit à +1,2% sur un an en avril 2026, après +1,1% en mars. La hausse est marginale. C’est le signal le plus important pour les autorités monétaires : la pression inflationniste reste concentrée sur les composantes énergétiques, sans diffusion massive vers les autres prix. Tant que cette dynamique tient, la Banque centrale européenne peut continuer à „regarder à travers” le choc, comme elle l’a fait après les chocs énergétiques précédents.
L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui permet la comparaison entre pays de la zone euro, augmente de 1,2% sur un mois et de 2,5% sur un an, après +2,0% en mars. La France reste légèrement en dessous de la moyenne de la zone euro (3,0% en avril, confirmée aujourd’hui par Eurostat) – une position relativement favorable qui reflète son mix énergétique moins exposé au gaz importé qu’en Allemagne ou en Italie.
Villeroy: „les effets de second tour”
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dont le mandat s’achève dans les semaines à venir (son successeur Emmanuel Moulin est auditionné aujourd’hui), a commenté la publication INSEE avec prudence. „Pour le moment, nous n’avons pas encore suffisamment d’informations sur cette fameuse diffusion aux autres prix, les prix des services et des biens industriels qu’on achète”, a-t-il déclaré. Il a néanmoins souligné que la Banque de France „surveille de près les effets de second tour” en vue d’une éventuelle adaptation de la politique monétaire.
L’expression „effets de second tour” désigne le moment où une inflation initialement concentrée sur l’énergie commence à se diffuser dans les négociations salariales et les politiques de prix des entreprises. C’est le scénario qui a provoqué la grande poussée inflationniste de 2022-2023 après le déclenchement de l’agression russe en Ukraine. Pour le moment, ce scénario ne se matérialise pas en France.
L’enjeu de la décision BCE du 11 juin
La BCE a maintenu ses taux directeurs inchangés le 30 avril (taux de la facilité de dépôt à 2,00%), mais Christine Lagarde a confirmé qu’une hausse avait été discutée „de manière approfondie”. La prochaine réunion du Conseil des gouverneurs aura lieu le 11 juin 2026, et coïncidera avec la publication de nouvelles projections macroéconomiques. C’est à cette occasion que la BCE devra trancher entre maintenir sa pause stratégique et entamer un cycle de hausses pour neutraliser le choc énergétique iranien.
Pour les ménages français, la question concrète est de savoir si la hausse des prix à la pompe et du fioul domestique va se prolonger ou se résorber dans les prochains mois. Tout dépendra de l’évolution du conflit iranien et du statut du détroit d’Ormuz. À court terme, l’OFCE prévoit une contraction du pouvoir d’achat au deuxième trimestre 2026, avant un redressement en fin d’année. La consommation des ménages, soutenue par le maintien d’un fort taux d’épargne (17,6% en moyenne), devrait néanmoins progresser de 0,7% en 2026.
Sources: INSEE Informations rapides n°115 (13 mai 2026); Banque de France; OFCE prévisions avril 2026; Bourse Direct; La Gazette France; MoneyVox.
