Crise de Ceuta : le Maroc refuse d’être « un bouc émissaire »
Plus d’un mois après la crise migratoire des 30 et 31 juillet à Ceuta, Rabat a enfin brisé le silence. Jeudi, le royaume chérifien a rejeté avec véhémence les accusations d’avoir orchestré ou facilité l’afflux massif de migrants vers l’enclave espagnole, qualifiant ces soupçons d’injustes et de mal fondés.
Une réponse tardive mais tranchante
C’est après plusieurs semaines de pression diplomatique que Rabat a décidé de monter au créneau. Le ministère des Affaires étrangères marocain a affirmé qu’« aucune donnée, fait ou rapport n’établit une quelconque implication des autorités marocaines » dans les événements qui ont vu quelque 8 000 personnes tenter de franchir la frontière en l’espace de deux jours à peine. Un chiffre record, sans précédent dans l’histoire de l’enclave.
Pourtant, plusieurs témoignages recueillis sur place et un rapport interne de la police espagnole pointaient vers une passivité suspecte — voire une complicité active — des garde-côtes marocains ce week-end-là. Des accusations que Rabat balaie aujourd’hui d’un revers de main.
Le Maroc retourne l’accusation
Loin de se contenter d’une simple défense, le Maroc a choisi l’offensive. Ses responsables ont attribué la responsabilité de la crise à des « acteurs espagnols », sans pour autant préciser lesquels ni apporter de preuves concrètes à l’appui de cette affirmation. Un porte-parole du gouvernement marocain a déclaré que « le Maroc ne peut pas être le gendarme de l’Europe, et encore moins son bouc émissaire ».
La sortie est cinglante. Et elle intervient dans un contexte diplomatique déjà très tendu entre Madrid et Rabat, notamment autour de la question du Sahara occidental.
Des tensions qui remontent à la surface
Les relations entre les deux pays n’ont jamais vraiment retrouvé leur équilibre depuis la crise provoquée en mai 2021 par l’accueil en Espagne du leader du Front Polisario, Brahim Ghali. À l’époque, le Maroc avait laissé passer en quelques heures plus de 10 000 migrants vers Ceuta, un geste largement interprété comme un acte de pression politique délibéré. La similitude avec les événements de cet été n’a pas échappé aux observateurs.
La Commission européenne, elle, observe la situation avec inquiétude, redoutant que la frontière de Ceuta ne devienne un levier de négociation permanent dans les mains de Rabat.
Quel avenir pour la coopération migratoire ?
L’Espagne reçoit chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de fonds européens destinés en partie à financer la coopération avec le Maroc sur le contrôle migratoire. But avec cette nouvelle crise de confiance, la question de l’efficacité — et de la conditionnalité — de cette aide revient sur la table à Bruxelles.
Les prochaines semaines seront décisives. Madrid doit décider si elle engage ou non des démarches formelles auprès de l’Union européenne pour demander un mécanisme de pression sur Rabat. Une chose est sûre : le dossier Ceuta est loin d’être clos.
