L’ONU démunie face au désordre mondial : un bilan accablant
New York, tribune du monde. Chaque année, les chefs d’État défilent à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies avec leurs discours soigneusement calibrés. Mais cette 81e édition a quelque chose d’inhabituel — une impression tenace que les mots sonnent creux pendant que le monde brûle. Trois guerres majeures font rage simultanément : en Ukraine, au Soudan et au Moyen-Orient. Et l’ONU, institution fondée en 1945 pour prévenir exactement ce genre de chaos, semble regarder sans pouvoir agir.
Le secrétaire général António Guterres a ouvert les travaux avec une formule qui résume l’impasse : « Le monde est en train de se fracturer sous nos pieds. » Difficile de le contredire.
Des guerres que l’ONU ne parvient pas à arrêter
Le conflit en Ukraine dure depuis plus de 30 mois. Au Soudan, la guerre civile a fait selon les estimations de l’ONU elle-même plus de 150 000 morts et provoqué le déplacement de 10 millions de personnes — la plus grave crise humanitaire de la planète. Au Moyen-Orient, les combats à Gaza ont tué plus de 41 000 personnes selon les données du ministère de la santé contrôlé par le Hamas, un chiffre dont la vérification indépendante reste difficile. Trois théâtres, trois impasses.
Le Conseil de sécurité, censé être le bras armé de la diplomatie mondiale, reste paralysé par les vétos croisés de la Russie, de la Chine et des États-Unis selon les dossiers. En 2024, pas moins de 12 résolutions ont été bloquées. C’est un record depuis la guerre froide. Yet l’institution continue de fonctionner, réunit ses commissions, publie ses rapports — dans une forme d’autisme bureaucratique qui agace de plus en plus les petits États membres.
Trump, l’Iran et une diplomatie à géométrie variable
Donald Trump, lui, n’a pas raté l’occasion de s’imposer dans ce grand théâtre diplomatique. Le candidat républicain, en campagne pour la Maison-Blanche, a affirmé lors de son discours qu’un accord avec l’Iran serait « trouvé après les élections de mi-mandat », sans préciser sur quelle base ni avec quels partenaires. Une déclaration qui a laissé plus d’un diplomate perplexe dans les couloirs du bâtiment de verre au bord de l’East River.
Still, l’affirmation a fait l’effet d’une bombe dans les délégations européennes, qui travaillent depuis des mois sur le dossier nucléaire iranien sans coordination américaine sérieuse.
Alors que se referme cette semaine de haute diplomatie, la question reste entière : l’ONU a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ? Les 193 États membres continueront de siéger, de voter, de négocier. Mais sans réforme profonde du Conseil de sécurité — un chantier ouvert depuis 1993 — et sans volonté politique des grandes puissances, les discours de New York resteront ce qu’ils sont trop souvent devenus : de belles intentions sans lendemain.
