Procès Dati : tensions vives face aux avocats de Renault au tribunal

C’était une audience que beaucoup attendaient. Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice et actuelle ministre de la Culture, a comparu mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris dans une affaire qui secoue la classe politique depuis plusieurs années. Face aux avocats du groupe Renault, l’ex-garde des Sceaux n’a pas mâché ses mots. « Je ne suis pas la fée Clochette », a-t-elle lancé, cinglante, quand les questions ont commencé à fuser sur la nature exacte des prestations qu’elle aurait fournies au constructeur automobile entre 2010 et 2012.

L’affaire est complexe. Dati est soupçonnée d’avoir perçu près de 900 000 euros d’honoraires via sa société de conseil, en échange de services dont la réalité est au cœur du débat judiciaire. Renault, partie civile, conteste avoir bénéficié de la moindre contrepartie sérieuse. Une position que l’ancienne ministre rejette avec véhémence.

Un interrogatoire musclé, des réponses qui claquent

Pendant plus de trois heures, les avocats du groupe Renault ont tenté de démontrer que les consultations facturées par Dati n’auraient jamais existé concrètement. Ils ont épluché des agendas, cité des échanges de courriels, interrogé sur des réunions dont aucun compte rendu n’aurait été retrouvé. But l’ex-ministre a tenu bon, affirmant avoir joué un rôle actif dans le développement international du constructeur, notamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

« Elle a été incisive, parfois agressive dans ses réponses, mais elle n’a pas cédé sur le fond », a confié une source proche du dossier, présente dans la salle d’audience. Et c’est bien là le problème pour l’accusation : Dati maîtrise le dossier, sait exactement jusqu’où aller, et ne laisse que peu de prise.

Les avocats de la défense, eux, ont insisté sur le fait que leurs cliente était une personnalité de premier plan, disposant d’un réseau considérable, et que ce réseau avait bien une valeur marchande. Valeur que Renault aurait sollicitée, puis contestée après coup. Une lecture que le tribunal devra trancher.

Une affaire symptomatique des zones grises du lobbying à la française

Ce procès dépasse la seule personnalité de Rachida Dati. Il pose une question plus large : jusqu’où les grandes entreprises françaises peuvent-elles recourir aux services de personnalités politiques, et sous quelle forme ces prestations doivent-elles être documentées ?

900 000 euros, c’est la somme. Un chiffre qui claque.

Yet la frontière entre influence légitime et corruption passive reste floue en droit français, et c’est précisément cette zone grise que les juges devront délimiter dans ce dossier. Several autres affaires similaires impliquant d’anciens responsables politiques sont en attente de jugement, ce qui donne à ce procès une portée bien au-delà de la salle d’audience du palais de justice de Paris.

Les débats doivent se poursuivre dans les prochains jours. Le verdict, lui, n’est pas attendu avant plusieurs semaines. Rachida Dati, toujours en poste au gouvernement, continue d’assurer ses fonctions ministérielles. Une situation inédite, et inconfortable pour l’exécutif.

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