UE-Russie : 320 milliards de dollars d’hydrocarbures achetés ?

L’Union européenne a-t-elle vraiment versé plus de 320 milliards de dollars à la Russie pour son énergie depuis 2022 ? C’est ce qu’affirme Moscou, mais Bruxelles conteste ce montant. Le débat est relancé alors que les Vingt-Sept tentent de se défaire de leur dépendance aux combustibles fossiles russes.

Des chiffres qui s’opposent

Alexandre Novak, vice-Premier ministre russe chargé de l’Énergie, a déclaré lundi 12 octobre que « ce chiffre s’élève, pour la période allant de 2022 à aujourd’hui, à 320,7 milliards de dollars », soit environ 286 milliards d’euros. Moscou précise que les pays européens ont acheté pour 21,3 milliards de dollars d’hydrocarbures russes au cours des neuf premiers mois de 2026. Ces données ne concernent que les importations directes, excluant le pétrole raffiné en Inde ou en Turquie.

La Commission européenne dément. Auprès de l’AFP, elle a indiqué avoir « dépensé environ 197 milliards d’euros, soit 209 milliards de dollars (jusqu’en juillet 2026), depuis l’invasion russe de l’Ukraine ». Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole, souligne que sans la politique de renoncement au pétrole et au gaz russes, l’Europe « aurait dépensé 475 milliards d’euros, soit 278 milliards d’euros de plus, en combustibles fossiles russes ».

Des sanctions et des dérogations

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, l’UE a imposé des sanctions à la Russie, mais des dérogations permettent encore certains achats. La part du pétrole russe dans les importations européennes est passée de 27 % début 2022 à 2 % en 2025. L’interdiction d’importer du pétrole russe est effective depuis le 5 décembre 2022, avec une dérogation temporaire pour la Hongrie et la Slovaquie. Pour le gaz, la part russe a chuté de 45 % en 2021 à 12 % en 2025. Les importations de charbon russe ont été totalement stoppées, alors qu’elles représentaient 50 %.

Un règlement adopté le 26 janvier 2026 prévoit la suppression progressive des importations de gaz naturel russe et la préparation de la fin du pétrole russe. Le calendrier s’étale jusqu’en 2027 : interdiction du gaz russe par gazoduc à partir du 30 septembre 2027, avec possibilité de report au 1er novembre si les stockages hivernaux ne sont pas atteints. La Hongrie et la Slovaquie bénéficient d’une exception, n’ayant pas d’accès à la mer. Selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), « en 2024, la Hongrie et la Slovaquie restaient dépendantes à 87 % du brut russe transporté par un seul pipeline ».

Des critiques et des records

Les achats européens d’hydrocarbures russes suscitent des critiques. Le ministre américain des Finances a taxé l’UE d’« hypocrisie ». Donald Trump a écrit sur Truth Social : « L’Union européenne a versé 250 milliards de dollars à la Russie pour son énergie, et les médias diffusant des fausses informations ne veulent pas aborder ce sujet. J’ai fait le bon choix pour le peuple américain. » Maria Malmer Stenergard, ministre suédoise des Affaires étrangères, a dénoncé lundi des achats « pour un montant plus élevé depuis les pays de l’UE que l’aide que nous avons apportée à l’Ukraine ». L’aide européenne à Kiev s’élève à 228,7 milliards d’euros depuis 2022.

Pourtant, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe battent des records. L’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA) note un record trimestriel au premier trimestre 2026, en hausse de 16 % sur un an. Les livraisons ont été record en France, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal. L’ONG allemande Urgewald a compté 167 cargaisons en provenance du terminal russe de Yamal entre janvier et septembre, pour environ 7,88 milliards d’euros. Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, admet que se débarrasser du gaz russe dans le contexte de crise au Moyen-Orient « est plus difficile, mais pas impossible ».

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