Affaire Lyhanna : la question qui dérange sur les féminicides
L’affaire Lyhanna relance le débat sur les violences faites aux femmes en France. Après la découverte du corps de cette jeune femme de 15 ans, tuée par son ex-compagnon de 19 ans dans le Pas-de-Calais, une question traverse la société française : combien de temps encore va-t-on feindre l’étonnement face à ces drames qui se répètent ?
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un crime « ordinaire », selon les mots d’observateurs de ces violences conjugales. Le 123e féminicide depuis le début de l’année 2024, d’après les associations.
Un scénario tristement banal
Lyhanna avait rompu avec son agresseur quelques semaines plus tôt. Elle pensait pouvoir continuer sa vie d’adolescente, aller au lycée, voir ses amis. Mais lui n’acceptait pas cette séparation. Les signaux d’alerte étaient là : messages incessants, surveillance, menaces à peine voilées. Son entourage s’inquiétait.
La jeune fille a été retrouvée morte le 17 janvier dernier dans un parc de Bully-les-Mines. Son ancien compagnon a été interpellé et placé en garde à vue. L’enquête a révélé des violences antérieures que Lyhanna n’avait pas toujours osé dénoncer par peur des représailles.
L’indifférence qui tue
« On répète les mêmes schémas, les mêmes erreurs », confie une source proche de l’enquête. « Les outils existent, les dispositifs d’alerte aussi, mais il y a encore trop de failles dans le système. » Le téléphone grave danger, les bracelets anti-rapprochement, les formations des policiers : autant de mesures qui n’empêchent pas ces drames à répétition.
Entre janvier et décembre 2024, au moins 123 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France. Soit plus de deux décès par semaine. Ces chiffres, compilés par le collectif Féminicides par compagnons ou ex, ne diminuent pas malgré les Grenelles et les plans d’action successifs.
Une prise de conscience nécessaire
L’affaire Lyhanna résonne différemment parce qu’elle touchait une adolescente. Parce qu’elle avait toute la vie devant elle. Mais la réalité, c’est que chaque féminicide aurait dû provoquer la même indignation, la même volonté de changement.
So la question demeure : quand cessera-t-on de considérer ces violences comme des faits divers isolés ? Les associations réclament des moyens supplémentaires, une formation systématique des forces de l’ordre et une véritable politique de prévention dès le plus jeune âge.
Le procès de l’accusé devrait se tenir dans les prochains mois. Il dira si la justice saura nommer ces violences et sanctionner avec fermeté. Mais pour beaucoup, le vrai combat se joue ailleurs : dans l’éducation, la prévention et le refus collectif de banaliser ces crimes qui n’ont rien d’ordinaire.
