Deux mois de Ciotti à la mairie de Nice : entre fusillade des Moulins et succession Estrosi, le premier bilan d’une « nouvelle ère »
Deux mois après son installation officielle comme maire de Nice le 27 mars 2026, Éric Ciotti continue de marquer la transition politique majeure de la cinquième ville de France. Son élection a mis fin à neuf années de mandat de Christian Estrosi, en place depuis le 15 mai 2017 et déjà maire entre 2008 et 2016. La campagne, particulièrement disputée, avait vu l’union des droites (LR-UDR) l’emporter sur la liste Horizons-LFA portée par le maire sortant. Premier bilan d’une période courte mais déjà dense en événements.
Rappel des résultats
Les sondages de février 2026 (Elabe et OpinionWay) donnaient Éric Ciotti en tête avec 41 à 45 % des intentions de vote au premier tour, devant Christian Estrosi entre 27 et 30 %. La candidate écologiste Juliette Chesnel-Le Roux rassemblait entre 12 et 13 % des intentions, l’insoumise Roxane Damiano autour de 11 %, et le candidat Reconquête Yannick Vella autour de 4 %. Cette configuration a accouché d’une dynamique de second tour favorable à Ciotti, qui a confirmé la position dominante du courant Les Républicains-Union des Droites de la République dans la métropole niçoise.
L’installation et les premières décisions
Lors de son discours d’installation le 27 mars, Éric Ciotti a déclaré que « Nice n’appartient à personne, ni à un clan, ni à un système », s’inscrivant en rupture avec la décennie Estrosi. Le nouveau maire s’est rapidement entouré d’une équipe renouvelée, notamment la préfète Françoise Souliman, recrutée dès novembre 2025 sur la liste de campagne et désormais adjointe au maire. Les premiers dossiers traités ont concerné la propreté urbaine, la sécurité de la promenade des Anglais en vue de la saison estivale, et la définition du calendrier budgétaire 2026.
La fusillade des Moulins, premier dossier brûlant
Le 11 mai 2026, une fusillade dans le quartier des Moulins de Nice a fait deux morts et plusieurs blessés. Douze jours plus tard, le samedi 23 mai, un hommage a été rendu aux victimes malgré un appel au boycott de certaines associations. Un témoin a confié : « Cela pourrait m’arriver, ainsi qu’à ma famille. » La marche s’est terminée sur les lieux du drame en l’absence de certains proches des victimes. Cette tragédie a contraint le nouveau maire à se positionner rapidement sur la sécurité urbaine, l’un de ses thèmes de campagne.
Métropole et intercommunalité
La Métropole Nice Côte d’Azur, dont la présidence revenait traditionnellement au maire de Nice, est l’objet de tractations entre Éric Ciotti et les 50 autres communes membres (de Cagnes-sur-Mer à La Brigue). Le mandat de Christian Estrosi à la présidence (2020-2026) doit donner lieu à une succession dont les modalités précises sont encore en cours de finalisation. La métropole couvre 1 480 km² et compte plus de 545 000 habitants — une assise institutionnelle considérable que tout maire de Nice cherche traditionnellement à contrôler.
Rupture des droites au niveau national
L’élection niçoise s’inscrivait dans un contexte national particulier, après la rupture entre Les Républicains (LR) et le groupe UDR créé autour d’Éric Ciotti suite à son alliance avec le Rassemblement national lors des législatives anticipées de 2024. À Nice, l’investiture Horizons a finalement été reportée par Édouard Philippe vers Estrosi, accentuant la polarisation. À Menton, Horizons soutenait Louis Sarkozy, fils de l’ancien président, candidat malheureux dans une autre des plus grandes batailles municipales des Alpes-Maritimes.
Les chantiers à venir
Les dossiers à venir sont nombreux pour le nouveau maire : sécurité urbaine après les fusillades des Moulins, transition écologique sur la promenade des Anglais et le tramway, dossier OGC Nice après la finale perdue de la Coupe de France le 22 mai, accueil touristique d’une saison estivale qui démarre, et négociations avec la Métropole. Sans oublier la préparation d’un budget municipal traditionnellement contraint et la définition d’une politique culturelle après la fin du soutien historique d’Estrosi à certains festivals — une question qui reste ouverte à deux ans des grandes échéances culturelles régionales.
Opposition et conseil municipal
Le conseil municipal d’installation, retransmis en replay par France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, a vu les premières interventions de l’opposition emmenée par Juliette Chesnel-Le Roux pour l’écologie politique. Les confrontations sur les premiers actes du nouveau maire se font déjà sentir sur les questions de transparence budgétaire et de gestion des marchés publics. Ciotti, fort de la nette majorité obtenue lors du second tour, dispose d’une marge confortable au conseil municipal mais l’opposition organisée ne lui laissera aucun passe-droit sur les dossiers sensibles.
Regard vers 2027
À deux ans des élections présidentielles, la mairie de Nice représente une plateforme politique majeure pour Éric Ciotti, figure controversée de la droite française. Son positionnement national, son rapport avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, et sa stratégie pour les législatives à venir sont scrutés de près. La mairie de Nice n’est pas seulement une fonction locale — c’est désormais l’un des observatoires les plus précis de la recomposition de la droite française à l’approche d’un cycle électoral particulièrement ouvert.
