Cour pénale internationale : pourquoi le Sahel tourne le dos à la CPI

Le Tchad a officialisé le 27 juillet son retrait de la Cour pénale internationale, devenant le quatrième État du Sahel à claquer la porte de l’institution basée à La Haye. Après le Burkina Faso, le Mali et le Niger, N’Djaména franchit le pas. Et ce n’est probablement pas un hasard de calendrier.

Une rupture qui s’inscrit dans une stratégie plus large

Ces quatre pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont déjà quitté la CEDEAO en janvier 2025 et pris leurs distances avec l’Organisation internationale de la Francophonie. Le retrait de la CPI s’inscrit dans cette même logique de désengagement vis-à-vis des institutions multilatérales perçues comme des instruments de tutelle étrangère. En moins de dix-huit mois, ces gouvernements ont redéfini presque entièrement leur positionnement diplomatique.

C’est une stratégie cohérente, qu’on la partage ou non.

L’argument central : une justice à géométrie variable

Le grief principal formulé par ces États est celui d’une justice sélective. Sur les 45 affaires instruites depuis la création de la CPI en 2002, 35 concernent des ressortissants africains. Un chiffre que les gouvernements sahéliens brandissent régulièrement pour dénoncer ce qu’ils appellent une « justice des vainqueurs ».

« La CPI n’a jamais inquiété un seul dirigeant occidental, malgré des guerres qui ont tué des centaines de milliers de civils en Irak ou en Libye », a déclaré un responsable gouvernemental au sein de l’AES, sous couvert d’anonymat. « Nous ne pouvons plus cautionner cette hypocrisie institutionnelle. »

Pourtant, la réalité est plus nuancée. Plusieurs affaires impliquent des ressortissants non africains, et la Cour a récemment émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. But cet argument ne convainc pas N’Djaména ni ses alliés.

Quelles conséquences concrètes pour les victimes ?

Le retrait de ces États pose une question urgente : que devient la protection des populations civiles dans des zones où les violations des droits humains restent documentées et préoccupantes ? Des organisations comme Human Rights Watch ont recensé des centaines d’exactions attribuées à des groupes armés mais aussi, dans certains cas, à des forces gouvernementales ou à des paramilitaires étrangers présents dans la région.

Sans la CPI, les recours internationaux se réduisent drastiquement. Les mécanismes régionaux africains, comme la Cour africaine des droits de l’homme, n’ont ni les moyens ni le mandat pour se substituer à La Haye.

Un précédent qui pourrait faire école

D’autres pays africains observent la situation de près. Le Sénégal, la Guinée ou encore l’Éthiopie font face à des pressions internes similaires. Si le retrait de l’AES ne provoque pas de sanctions diplomatiques significatives, il pourrait encourager d’autres capitales à franchir le pas.

La CPI, déjà fragilisée par le retrait des États-Unis sous Donald Trump en 2025, n’a jamais semblé aussi isolée. Son avenir dépendra de sa capacité à répondre, enfin, aux accusations d’asymétrie qui minent sa légitimité depuis deux décennies.

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