Défenseur des droits : Buffet promet une évolution sur les questions sociétales

François-Noël Buffet n’a pas esquivé la controverse. Auditionné cette semaine en vue de sa nomination au poste de Défenseur des droits, l’ancien ministre de l’Intérieur a tenté de rassurer ses critiques en affirmant qu’il avait « évolué » sur un certain nombre de questions sociétales — le droit des étrangers, les violences policières, les droits des personnes discriminées. Des déclarations qui sonnent comme un exercice de repositionnement politique pour un homme longtemps associé à une ligne dure sur l’immigration et la sécurité.

Une audition sous pression

L’audition devant les commissions compétentes du Parlement a duré près de trois heures. Buffet a répondu à des questions serrées, parfois acérées, sur son bilan et ses convictions profondes. Il a notamment été interrogé sur ses positions passées concernant les contrôles au faciès et le droit d’asile — deux dossiers au cœur des missions du Défenseur des droits. Sa réponse ? Dénoncer des « procès d’intention » et rappeler que nul n’est figé dans ses positions.

« Je ne suis pas le même homme qu’il y a dix ans », a-t-il affirmé, sans toutefois détailler précisément sur quels points sa pensée avait changé. Ce flou n’a pas manqué d’irriter plusieurs parlementaires de gauche, qui ont jugé ses réponses trop vagues pour emporter la conviction.

Un profil qui divise

Le choix de Buffet ne fait pas l’unanimité, loin de là. Des associations de défense des droits humains, dont la Ligue des droits de l’Homme, ont exprimé leurs réserves dès l’annonce de sa candidature. Pour elles, confier ce poste indépendant à un ancien ministre ayant soutenu plusieurs lois controversées sur l’immigration — dont la loi du 26 janvier 2024, vivement critiquée — constitue un paradoxe difficile à avaler.

Yet, certains soutiens au sein de la majorité font valoir que le Défenseur des droits n’est pas un militant associatif, mais un magistrat de la République qui doit faire preuve d’impartialité institutionnelle. « Ce qui compte, c’est la capacité à exercer la fonction, pas le passé politique », a déclaré un proche du dossier au sein du gouvernement.

Une institution à l’indépendance jalousement gardée

Le poste de Défenseur des droits est l’un des rares protégés par la Constitution depuis 2008. Son titulaire est nommé pour six ans, non renouvelables, et ne peut être révoqué. L’institution traite chaque année plus de 100 000 réclamations émanant de citoyens en conflit avec des administrations ou victimes de discriminations.

Still, la question de l’indépendance réelle du futur titulaire reste entière.

Et maintenant ?

Le vote des commissions parlementaires est attendu dans les prochains jours. Si les trois cinquièmes des suffrages exprimés s’y opposent, la nomination ne peut avoir lieu — un seuil rarement atteint. Buffet devrait donc, sauf surprise, prendre ses fonctions avant la fin du mois. Reste à savoir si ses promesses d’évolution se traduiront dans les faits, ou si elles n’auront été qu’une habile manœuvre de passage.

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