Temps de parole politique : fini les rattrapages nocturnes à la télé
C’est une pratique qui avait cours depuis des années, discrètement, loin des regards. Terminé. Les chaînes de télévision et de radio n’auront plus le droit d’utiliser les heures nocturnes pour rééquilibrer le temps de parole accordé aux responsables politiques. Le régulateur audiovisuel a décidé de mettre fin à ce qui ressemblait, pour beaucoup, à une forme de comptabilité truquée.
Une règle contournée depuis trop longtemps
Le principe du temps de parole équitable existe depuis longtemps dans la réglementation française. Mais son application laissait à désirer. Certaines chaînes avaient pris l’habitude de diffuser des interventions de personnalités politiques à des horaires creux — 2h du matin, 3h30, parfois même 4h — uniquement pour gonfler les compteurs et afficher un équilibre de façade. Et personne, ou presque, ne regardait.
Ce tour de passe-passe permettait de respecter la lettre de la règle tout en en trahissant l’esprit. Un responsable du régulateur a d’ailleurs reconnu que « la crédibilité du dispositif était sérieusement entamée par ces pratiques ». Difficile de lui donner tort.
Ce que change concrètement la nouvelle règle
Désormais, seules les heures d’écoute significative seront prises en compte dans le calcul du temps de parole. Concrètement, les diffusions entre minuit et 6h du matin ne pourront plus être intégrées dans les relevés officiels transmis au Conseil supérieur de l’audiovisuel. C’est simple, net, et difficilement contournable.
Cette décision concerne l’ensemble des chaînes hertziennes nationales, mais aussi les radios à couverture nationale. En tout, ce sont plusieurs dizaines d’opérateurs qui devront revoir leurs pratiques éditoriales. Certains, selon nos informations, utilisaient ces créneaux nocturnnes de manière quasi systématique, notamment lors des périodes électorales où la pression sur l’équilibre politique est la plus forte.
Un signal fort avant les prochaines échéances électorales
Le timing n’est pas anodin. La France se dirige vers plusieurs scrutins importants dans les prochains mois. Et la question de l’équité de traitement entre partis et candidats revient immanquablement au centre du débat dès que les campagnes s’amorcent.
La nouvelle règle vise à garantir une véritable pluralité d’expression, pas une pluralité de papier.
But il ne faut pas être naïf. D’autres stratégies d’optimisation pourraient voir le jour. Les équipes juridiques des grands groupes audiovisuels sont rodées à ce genre d’exercice. Still, la fermeture de ce contournement précis constitue un progrès réel, que les associations de défense du pluralisme médiatique saluent sans réserve. L’une d’elles réclamait cette mesure depuis au moins cinq ans.
Le régulateur a indiqué que des contrôles renforcés seraient mis en place dès le prochain trimestre. Les chaînes qui ne respecteraient pas la nouvelle règle s’exposent à des sanctions financières pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros. On verra si ça suffit.
