Violences sur mineurs : au parquet de Béthune, une justice sous pression
Chaque matin, les magistrats du parquet de Béthune ouvrent des dizaines de dossiers. Des enfants battus, des adolescents abusés, des signalements envoyés par des enseignants, des médecins, des voisins. La machine tourne. Et derrière chaque chemise cartonnée, il y a une vie abîmée.
Une avalanche de dossiers quotidiens
Le tribunal judiciaire de Béthune, situé dans le Pas-de-Calais, traite en moyenne plus de 2 000 affaires impliquant des mineurs victimes chaque année. C’est une réalité que les professionnels du droit décrivent comme une « masse » — leur mot, pas le nôtre. Les procureurs jonglent entre les urgences absolues et les dossiers qui s’accumulent, parfois pendant des semaines, faute de moyens humains suffisants.
« On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, mais la pression est permanente », confie un magistrat du parquet, qui préfère ne pas être nommé. Trois substituts se partagent le traitement des affaires de mineurs. Trois, pour une juridiction qui couvre plus de 400 000 habitants dans un territoire parmi les plus défavorisés de France.
La mort de Lyhanna, un cas qui a tout changé
En 2023, la mort de Lyhanna, une fillette de six ans décédée dans des circonstances tragiques après des signalements restés sans suite suffisante, a provoqué un séisme au sein de l’institution. Son histoire n’est pas unique. But elle a mis en lumière, de manière brutale, ce que beaucoup savaient déjà : les alertes existent, les outils aussi. Ce qui manque, c’est le temps de les traiter correctement.
Une enquête interne a été ouverte. Des procédures ont été révisées. Yet le sentiment de culpabilité collective, lui, ne se décrète pas dans une circulaire.
Un système qui cherche ses limites
Still, les acteurs du terrain ne baissent pas les bras. À Béthune, des cellules de coordination entre la police, les services sociaux et le parquet ont été renforcées depuis le drame. Des réunions hebdomadaires ont été instaurées pour croiser les informations et éviter que des signalements ne tombent dans les angles morts bureaucratiques.
So le système s’adapte. Mais s’adapter ne veut pas dire être suffisant.
Les associations de protection de l’enfance, elles, réclament depuis des années des postes supplémentaires. En 2024, le ministère de la Justice a annoncé la création de 1 500 postes dans les juridictions françaises. Combien iront à des parquets de taille intermédiaire comme Béthune ? La question reste entière.
Et après ?
Le cas de Lyhanna a relancé le débat national sur les ressources allouées à la protection de l’enfance. Des sénateurs ont déposé une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’évaluation systématique de chaque signalement sous 48 heures. Le texte doit être examiné à l’automne.
À Béthune, les dossiers s’accumulent encore. Demain matin, de nouvelles chemises cartonées attendront sur les bureaux. And dans chacune d’elles, un enfant qui n’a pas demandé à être là.
