Colombie : Abelardo de la Espriella élu président à l’extrême droite
Bogotá, lundi matin. La Colombie a basculé. Abelardo de la Espriella, candidat d’extrême droite adoubé par Donald Trump, a remporté dimanche soir le second tour de l’élection présidentielle colombienne face au sénateur de gauche Ivan Cepeda, selon les résultats préliminaires publiés par l’autorité électorale nationale. Une victoire obtenue dans un mouchoir de poche, qui plonge le pays dans une incertitude politique inédite.
Une victoire serrée qui divise le pays
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les premières projections, De la Espriella aurait recueilli environ 51,3 % des suffrages exprimés, contre 48,7 % pour Ivan Cepeda — soit un écart de moins de 400 000 voix sur quelque 18 millions de bulletins comptabilisés en début de nuit. Le dépouillement complet devrait prendre plusieurs jours, les régions rurales et les circonscriptions à l’étranger n’ayant pas encore transmis l’intégralité de leurs résultats.
Ivan Cepeda n’a pas tardé à réagir. Depuis son quartier général à Bogotá, il a déclaré devant plusieurs centaines de partisans qu’il n’accepterait « aucun résultat avant le décompte définitif et transparent de chaque bulletin ». Son équipe juridique dit déjà travailler sur d’éventuelles irrégularités.
« Le Tigre » célèbre une « nouvelle ère »
De son côté, Abelardo de la Espriella n’a pas attendu la confirmation officielle pour savourer la victoire. Devant une foule en délire réunie à Medellín, il a proclamé l’avènement d’une « nueva era para Colombia », promettant de « nettoyer » les institutions du pays et de rompre avec les accords de paix conclus avec les guérillas. Un discours musclé, typique du personnage.
Surnommé « El Tigre » par ses supporters, l’ancien avocat pénaliste de 54 ans a bâti sa campagne sur la sécurité, le rejet du gouvernement sortant de Gustavo Petro et une rhétorique nationaliste qui a visiblement séduit les classes moyennes urbaines et les régions du nord du pays.
Donald Trump lui a adressé un message de félicitations dès dimanche soir sur Truth Social, le qualifiant de « grand ami de l’Amérique ».
Un tournant pour l’Amérique latine
La bascule colombienne s’inscrit dans une dynamique continentale. Après l’Argentine de Milei et l’El Salvador de Bukele, c’est au tour de la Colombie — troisième économie d’Amérique du Sud — de confier les rênes à un candidat d’extrême droite. Un signal fort que les analystes ne minimisent pas.
« Ce résultat, s’il est confirmé, va redistribuer les alliances diplomatiques de toute la région », a estimé un haut fonctionnaire de l’Union européenne sous couvert d’anonymat.
Et maintenant ? Les prochains jours seront décisifs. Ivan Cepeda a jusqu’au mercredi pour déposer un recours formel. Mais si De la Espriella est définitivement proclamé vainqueur, il prêtera serment le 7 août prochain — date symbolique de la fête nationale colombienne.
