Bioéthique : Claeys plaide pour placer la prévention au centre

Alain Claeys, membre du Comité national consultatif d’éthique (CCNE), a pris position cette semaine en faveur d’une refonte profonde de la réflexion bioéthique française. Sa thèse est claire : la prévention ne peut plus rester en marge des grands débats sur la santé et la médecine. Elle doit en devenir le pilier central.

Un constat qui bouscule les habitudes

Depuis des décennies, la bioéthique française s’est surtout construite autour des questions de fin de vie, de procréation médicalement assistée ou encore de recherche sur l’embryon. Des sujets cruciaux, personne ne le nie. But Claeys estime que cette focalisation a laissé dans l’ombre un enjeu tout aussi fondamental : comment éviter que les maladies surviennent, plutôt que de se contenter de les traiter une fois installées.

« La prévention doit constituer le cœur d’une nouvelle rationalité bioéthique », a-t-il affirmé, dans des propos relayés par Le Monde. Une formule volontairement provocatrice, dans un champ intellectuel qui résiste souvent aux ruptures.

Des chiffres qui donnent le vertige

Le contexte donne du poids à ses arguments. En France, les maladies chroniques — diabète, maladies cardiovasculaires, cancers liés aux modes de vie — représentent aujourd’hui plus de 70 % des dépenses de l’Assurance maladie, soit environ 160 milliards d’euros par an. Yet une infime partie des budgets publics de santé est consacrée à des politiques de prévention primaire. Moins de 3 % selon plusieurs estimations récentes.

C’est précisément cet écart que Claeys juge insoutenable. Et éthiquement inacceptable.

Une éthique du « avant » plutôt que du « après »

Ce que propose l’ancien parlementaire — il a corédigé la loi Claeys-Leonetti de 2016 sur la fin de vie — c’est une sorte de révolution copernicienne dans la manière dont la société pense la médecine. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer les campagnes de vaccination ou de nutrition. Il s’agit de repenser les fondements mêmes de ce qu’on appelle le soin.

Still, des voix critiques s’élèvent. Certains éthiciens craignent une dérive vers une médecine trop normative, voire intrusive, qui ferait peser sur les individus une responsabilité excessive quant à leur propre santé. « Il faut éviter que la prévention devienne un nouvel outil de culpabilisation », a prévenu un membre d’une commission parlementaire spécialisée, souhaitant rester anonyme.

Vers un nouveau chantier pour le CCNE ?

Le CCNE, qui rend chaque année plusieurs avis consultatifs au gouvernement, pourrait intégrer cette perspective dans ses prochains travaux. Une réunion de réflexion est prévue pour le premier trimestre 2025.

So la vraie question est là : la France est-elle prête à accepter que bien se soigner commence bien avant d’être malade ? Alain Claeys, lui, semble en être convaincu. Et il compte bien faire bouger les lignes.

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