Lac Rose : le retour des couleurs relance l’économie du sel au Sénégal

Le Lac Rose reprend vie. Deux ans après les inondations dévastatrices de 2022 qui avaient effacé sa teinte rose caractéristique, le lac Retba, situé à une trentaine de kilomètres au nord-est de Dakar, retrouve progressivement sa salinité et son attrait touristique — une bouffée d’oxygène pour des centaines de familles qui en dépendent directement.

Une catastrophe née des pluies de 2022

En hivernage 2022, des précipitations exceptionnelles ont submergé les berges du lac. L’excès d’eau douce a dilué la concentration en sel, faisant chuter la salinité à des niveaux historiquement bas. La couleur rose — produite par une microalgue, Dunaliella salina, qui prolifère justement dans les eaux très salées — a pratiquement disparu. Résultat : les touristes ont déserté, les extracteurs de sel ont vu leur production s’effondrer, et les recettes locales ont chuté de plus de 60 % selon les estimations des associations de commerçants de la zone.

C’était une catastrophe silencieuse. Pas de médias internationaux, pas de plan d’urgence national. Juste des familles qui regardaient leur lac mourir.

Une mobilisation collective pour sauver le lac

Face à l’inaction, les acteurs locaux ont pris les choses en main. Ramasseurs de sel, artisans, commerçants et plusieurs ONG locales se sont regroupés pour financer des opérations de pompage destinées à évacuer l’excédent d’eau douce. En tout, trois pompes industrielles ont été déployées sur le site entre fin 2023 et début 2024, pour un coût total estimé à 15 millions de francs CFA, financé en grande partie par des cotisations communautaires et des appuis associatifs.

« Ce lac, c’est notre patrimoine et notre gagne-pain. On n’allait pas attendre que quelqu’un vienne le sauver à notre place », a déclaré un responsable de l’association des exploitants du Lac Rose, rencontré sur place.

Le rose revient, et avec lui les visiteurs

Les résultats sont visibles. Depuis le début de l’année 2024, la teinte rosée a progressivement réapparu sur une bonne partie du lac. Les guides touristiques locaux rapportent un retour des visiteurs : entre janvier et avril 2024, la fréquentation aurait augmenté de près de 40 % par rapport à la même période en 2023. Les extracteurs de sel, eux, ont repris leurs pirogues et leurs paniers. La production mensuelle tourne désormais autour de 200 tonnes, contre à peine 80 tonnes au pire de la crise.

Still, tout n’est pas rose — au sens figuré. La salinité reste en dessous des niveaux d’avant 2022, et les spécialistes s’accordent à dire que la pleine restauration de l’écosystème prendra encore plusieurs saisons.

Un avenir à construire, avec précaution

Les acteurs locaux ne veulent pas répéter les erreurs du passé. Des discussions sont en cours pour installer un système permanent de drainage préventif avant chaque hivernage. Des discussions impliquant, cette fois, les autorités municipales de Sangalkam et potentiellement le ministère du Tourisme.

Le Lac Rose n’est pas encore sauvé. But il résiste. Et ceux qui en vivent ont décidé de ne plus subir.

Publications similaires