Pompiers en crise : les syndicats alertent sur un système à l’agonie

Les incendies qui ont ravagé plusieurs départements français cet été ont remis brutalement en lumière une réalité que les syndicats de pompiers dénoncent depuis des années : le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) français est à genoux. Sous-financé, sous-effectif, épuisé. Et personne n’écoute — jusqu’à ce que les flammes parlent à leur place.

Un système qui tourne à flux tendu

Les chiffres sont éloquents. En France, on compte environ 250 000 sapeurs-pompiers volontaires et 41 000 professionnels pour couvrir l’ensemble du territoire. Mais ces effectifs stagnent, voire reculent dans certaines régions, pendant que les interventions, elles, ne cessent d’augmenter. En 2023, les SDIS ont répondu à plus de 5 millions d’appels. C’est près de 10 % de plus qu’il y a cinq ans.

Les gardes s’allongent. Les congés s’accumulent sans être pris. Les véhicules vieillissent. Dans certaines casernes rurales, des camions-citernes datent des années 1990 et tombent en panne sur le chemin des feux. Still, les dotations budgétaires n’t ont pas suivi cette montée en charge.

« On attend toujours la prochaine catastrophe »

« Il faut des feux comme ceux qu’on a aujourd’hui pour qu’on remette les sujets sur la table », résume un représentant syndical de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, amer mais lucide. Cette phrase dit tout d’un système qui fonctionne à la réactivité plutôt qu’à l’anticipation.

But ce n’est pas faute d’avoir prévenu. Depuis au moins 2017, les organisations syndicales multiplient les rapports, les courriers aux préfets, les interpellations des élus locaux. La réponse est toujours la même : des promesses, des groupes de travail, et puis plus rien — jusqu’au prochain été caniculaire.

Les pompiers volontaires, épine dorsale du système en zone rurale, sont particulièrement touchés. Leur nombre a chuté de plus de 15 000 en dix ans. Les employeurs rechignent à libérer leurs salariés pour partir en intervention. Et la formation initiale, qui prend du temps, décourage les nouvelles recrues.

Le changement climatique aggrave tout

Ce qui change la donne aujourd’hui, c’est l’ampleur des sinistres. Les feux de forêt ne se limitent plus au seul arc méditerranéen. La Bretagne, la Normandie, le Centre-Val-de-Loire ont tous connu des incendies inhabituels ces dernières années. Les feux brûlent plus vite, plus haut, plus longtemps. Et les équipes, elles, restent les mêmes.

Les syndicats réclament un plan national pluriannuel doté d’au moins 500 millions d’euros supplémentaires sur cinq ans, une révision du statut des volontaires, et une meilleure coordination entre l’État et les collectivités qui financent les SDIS.

Le gouvernement a promis des discussions à l’automne. Yet sans calendrier précis ni engagement chiffré, les pompiers savent d’expérience ce que valent ces annonces. Ils espèrent se tromper. Mais ils n’y croient plus vraiment.

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