Déclaration de patrimoine au Sénégal : une réforme qui divise
Le Sénégal franchit un pas inédit vers la transparence. Lundi 17 août, les députés ont adopté une réforme obligeant le président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale à rendre publics leurs biens au début et à la fin de leur mandat. Une décision saluée par certains, contestée par d’autres, et qui s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu.
Ce que change concrètement la réforme
Jusqu’ici, la déclaration de patrimoine existait au Sénégal, mais elle restait confidentielle. Les hauts responsables de l’État déclaraient leurs biens auprès de la Cour suprême, sans que le grand public n’y ait accès. Désormais, les trois plus hautes fonctions de l’exécutif et du législatif devront publier cette déclaration. Deux fois : à l’entrée en fonction, et au moment de quitter le pouvoir. L’idée est simple — permettre à chaque citoyen de constater, chiffres à l’appui, si un responsable s’est enrichi pendant son mandat.
Un signal fort, mais des zones d’ombre persistent
La mesure ne concerne que trois personnes. C’est là que le bât blesse pour de nombreux observateurs. Les ministres, les directeurs généraux de sociétés d’État, les magistrats ou encore les hauts fonctionnaires restent en dehors du dispositif. « On va dans le bon sens, mais on ne va pas assez loin », résume un membre d’une organisation de la société civile dakaroise, qui préfère garder l’anonymat. Et les modalités pratiques de cette publication restent floues : quel organisme vérifiera l’exactitude des déclarations ? Quelles sanctions en cas de fausse déclaration ou d’omission délibérée ? Le texte adopté ne répond pas clairement à ces questions.
Le diable, comme souvent, sera dans les détails d’application.
Une réforme portée par un nouveau pouvoir sous pression
Cette loi arrive moins de six mois après l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, en mars 2024. Lui et son Premier ministre Ousmane Sonko avaient fait de la lutte contre la corruption et de la transparence des piliers de leur campagne. Adopter cette réforme, c’est donc aussi répondre à une promesse électorale forte. But c’est aussi une manière de se distinguer des régimes précédents, accusés d’opacité. Le timing n’est pas anodin : le pays sort d’une longue période de turbulences politiques, marquée par des arrestations, des manifestations et une transition électorale sous haute tension. Still, certains opposants au texte y voient surtout un effet d’annonce, sans réelle portée contraignante.
Et après ?
La prochaine étape sera celle de la mise en œuvre. Les premières déclarations publiques sont attendues dans les semaines à venir, et elles seront scrutées de près. Si Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko jouent le jeu de la transparence totale, cela pourrait créer un précédent solide. But si les déclarations s’avèrent incomplètes ou vagues, la réforme risque de perdre toute crédibilité avant même d’avoir prouvé son utilité. Le Sénégal a désormais les yeux rivés sur ses dirigeants. À eux de montrer l’exemple.
