Venezuela: une ex-juge dit avoir été forcée à signer l’inéligibilité de Machado
Une ancienne magistrate vénézuélienne affirme avoir été contrainte, sous la pression de l’arrestation de ses proches, à signer la décision d’inéligibilité visant la cheffe de l’opposition María Corina Machado. Barbara Cesar Siero, qui a siégé au Tribunal Suprême de Justice (TSJ) de décembre 2014 à février 2024, a livré ce témoignage jeudi à l’AFP. Selon elle, deux de ses frères et sa belle-sœur, tous militaires, ont été arrêtés en décembre 2023 pour la forcer à signer le document déclarant Machado inéligible. Le parti d’opposition Vente demande la levée « immédiate » de cette inéligibilité.
Une magistrate sous pression
Barbara Cesar Siero était vice-présidente de la chambre politico-administrative du TSJ. Elle raconte que « tout a commencé le 15 décembre 2023 », date limite pour déposer des recours en inéligibilité. Ce jour-là, María Corina Machado a introduit son recours, et dans le même temps, ses deux frères et sa belle-sœur ont été arrêtés. Les trois proches, Guillermo Enrique Cesar Siero, Guillermo Henry Cesar Siero et Diana Desirée Victora Justo, ont été accusés d’avoir voulu tuer Nicolas Maduro et le gouverneur du Tachira, une affaire qu’elle qualifie d’« inventée ».
La semaine suivante, neuf arrêts lui ont été apportés à signer. Aucune audience n’a eu lieu et les parties n’ont pas été entendues, ce qui constitue déjà une violation de procédure. Elle a signé en pensant faire libérer ses proches, mais ils sont restés en détention. Un de ses frères est toujours emprisonné ; l’autre frère et la belle-sœur sont libres sous contrôle judiciaire. Elle a finalement été forcée de démissionner en février 2024.
Le parti Vente exige une enquête
Dans un communiqué, le parti Vente affirme que « l’inéligibilité de Maria Corina Machado, illégale dès son origine (…), n’a été obtenue qu’en utilisant des proches » d’une magistrate « comme otages ». Il ajoute que cette inéligibilité doit être levée « IMMÉDIATEMENT ». Le parti dénonce le fait d’arrêter et de châtier des membres d’une famille pour briser la volonté d’une personne, et de contraindre une magistrate de la Cour suprême à signer des décisions illégales. Il réclame « une enquête urgente ».
María Corina Machado, vainqueure de la primaire de l’opposition en 2023 et prix Nobel de la paix 2025, n’a pas pu se présenter à l’élection présidentielle de juillet 2024. Elle avait désigné Edmundo Gonzalez Urrutia pour la remplacer. Nicolas Maduro a été proclamé vainqueur d’un scrutin entaché de fraude selon l’opposition, et les résultats n’ont pas été reconnus par une grande partie de la communauté internationale. Maduro a été capturé par l’armée américaine en janvier 2026, une opération justifiée en partie par l’élection contestée.
Barbara Cesar Siero estime qu’il n’y a pas d’« indépendance » de la justice dans son pays. Pour elle, la proclamation de la victoire de Maduro en 2024 était un « show (…) vraiment pas conforme au droit ». « À partir de là, tous les pouvoirs sont devenus illégitimes, totalement », dit-elle. Elle juge vaine la réforme judiciaire promise par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, et appelle à appliquer les lois sans ingérence, à laisser les juges être juges et les gouverneurs être gouverneurs.
