Camille F., docteure en épidémiologie, jugée pour djihad

Le parcours de Camille F., 34 ans, détonne dans les annales judiciaires du terrorisme français. Cette docteure en épidémiologie, diplômée d’une grande école d’ingénieurs et musicienne de formation classique, comparaît depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir rejoint l’organisation État islamique en Syrie en 2015.

Accompagnée de son mari et de leurs trois enfants en bas âge, elle avait quitté la France à l’automne 2015, au plus fort de l’expansion territoriale du califat autoproclamé. Son profil dit « CSP + » – cadres supérieurs et professions intellectuelles – tranche radicalement avec celui de la majorité des recrues de Daech.

Un basculement progressif vers la radicalisation

Selon les éléments du dossier, la radicalisation de Camille F. s’est opérée progressivement entre 2013 et 2015. Brillante scientifique, elle travaillait dans la recherche médicale quand elle a commencé à fréquenter des cercles salafistes en région parisienne. Son mari, également cadre, a suivi le même chemin. Mais leur conversion à l’islam radical n’avait pas été détectée par leur entourage professionnel.

La famille a rejoint Raqqa, alors capitale de facto du califat. Là-bas, Camille F. aurait tenu des rôles logistiques au sein de l’organisation terroriste, notamment dans la gestion de centres médicaux réservés aux femmes et aux enfants des combattants étrangers. Elle nie toute participation active aux activités terroristes.

Arrestation et rapatriement en 2022

Après la chute du califat en 2019, elle a été capturée par les Forces démocratiques syriennes et placée dans le camp d’Al-Hol. C’est là qu’elle a passé trois années dans des conditions précaires avec ses enfants.

Son rapatriement en France en octobre 2022 fait partie d’une série d’opérations menées par les autorités françaises pour récupérer les ressortissants détenus dans les camps du nord-est syrien. Depuis, elle est en détention provisoire.

Un procès sous haute surveillance

L’avocate générale a souligné que « le niveau d’éducation n’immunise pas contre l’embrigadement idéologique ». Le parquet requiert une peine de huit ans de prison ferme pour association de malfaiteurs terroristes et financement du terrorisme.

Le verdict est attendu dans les prochains jours. Cette affaire soulève des questions cruciales sur les mécanismes de radicalisation touchant toutes les couches sociales, y compris les plus éduquées. Plus de 1700 Français ont rejoint les zones syro-irakiennes entre 2014 et 2018.

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