Avion de combat européen : Berlin et Paris enterrent le projet
Sept ans de négociations pour rien. La France et l’Allemagne ont officiellement abandonné leur projet commun d’avion de combat de sixième génération, victime d’un conflit insurmontable entre Dassault Aviation et Airbus. Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont acté ce mercredi l’échec d’un programme lancé en grande pompe en 2017 au salon du Bourget.
Un projet titanesque à 100 milliards d’euros
Le Future Combat Air System, ou FCAS, devait révolutionner la défense européenne. Estimé à plus de 100 milliards d’euros sur trente ans, ce programme ambitieux visait à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands dès 2040. Il prévoyait non seulement un avion de combat furtif, mais tout un système incluant des drones d’accompagnement et un réseau de communication ultra-sécurisé.
Mais les deux géants industriels n’ont jamais réussi à s’accorder sur le partage des responsabilités. Dassault exigeait le rôle de maître d’œuvre, fort de son expérience avec le Rafale. Airbus, de son côté, refusait d’être relégué au rang de simple sous-traitant.
Des tensions qui datent de 2021
Les premières fissures sont apparues il y a trois ans. Les négociations se sont enlisées sur la question de la propriété intellectuelle et du transfert de technologies. Dassault craignait de perdre son savoir-faire au profit d’Airbus, tandis que l’Allemagne refusait de financer un projet où son industriel national jouerait les seconds rôles.
„Nous regrettons profondément l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la continuation de ce projet”, ont déclaré conjointement les deux dirigeants dans un communiqué laconique. „Cette situation affaiblit considérablement l’autonomie stratégique européenne à laquelle nous aspirons.”
Berlin se tourne vers Londres
L’Allemagne n’a pas attendu pour explorer d’autres options. Des sources gouvernementales à Berlin évoquent déjà un possible rapprochement avec le programme britannique Tempest, développé par BAE Systems avec l’Italie et le Japon. Ce projet concurrent, lui aussi prévu pour 2040, avance sans accroc majeur.
La France, elle, se retrouve isolée. Dassault devra probablement développer seul le successeur du Rafale, avec un budget national limité. Certains analystes estiment que Paris pourrait finalement rejoindre le programme Tempest, mais ce serait un désaveu cuisant pour l’industrie française.
L’échec du FCAS illustre une fois de plus les difficultés de l’Europe à coordonner ses ambitions militaires. Et pendant que Paris et Berlin se disputent, la Chine et les États-Unis avancent à grands pas sur leurs propres chasseurs de sixième génération.
