Manifestation protestation foule

Chili : près de 300 arrestations lors des commémorations Pinochet

Santiago a vécu une nuit de tensions. Près de 300 personnes ont été arrêtées au Chili lors des manifestations organisées en hommage aux victimes de la dictature de Pinochet, qui a pris fin il y a plus de trois décennies. Des heurts ont éclaté dans plusieurs quartiers de la capitale, laissant derrière eux des vitrines brisées, des véhicules incendiés et des dizaines de blessés.

Une commémoration qui dérape

Chaque année, les Chiliens descendent dans la rue pour ne pas oublier. Le 11 septembre reste une date chargée d’émotion : c’est l’anniversaire du coup d’État militaire de 1973, qui a renversé le président socialiste Salvador Allende et porté au pouvoir le général Augusto Pinochet. Sous sa dictature, entre 1973 et 1990, plus de 3 200 personnes ont été tuées ou portées disparues, et des dizaines de milliers d’autres ont été torturées.

Mais cette année encore, les rassemblements pacifiques ont été infiltrés par des groupes violents. La police nationale, les Carabiniers, ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser les fauteurs de troubles concentrés principalement dans le quartier de la Plaza Italia, rebaptisée Plaza Dignidad depuis le soulèvement populaire de 2019.

297 interpellations en une seule nuit

Le bilan est lourd. Au total, 297 personnes ont été interpellées dans la nuit du 11 au 12 septembre, selon les chiffres officiels communiqués par le ministère de l’Intérieur. Parmi elles, plusieurs dizaines ont été placées en garde à vue pour des chefs d’accusation allant du trouble à l’ordre public à des actes de vandalisme aggravé.

Un porte-parole du gouvernement a déclaré : « Le droit de manifester est garanti par la Constitution, mais rien ne justifie la destruction de biens publics ni les agressions contre les forces de l’ordre. »

Douze policiers ont également été blessés au cours des affrontements.

Une mémoire toujours douloureuse

C’est ça, le paradoxe chilien. Un demi-siècle après le coup d’État, la société reste profondément divisée sur l’héritage de Pinochet. Pour les uns, c’est un criminel dont les atrocités ne seront jamais pardonnées. Pour d’autres — une minorité, mais une minorité qui s’exprime — sa politique économique aurait « sauvé » le pays. Ce clivage n’a pas disparu avec le temps, et il ressurgit chaque année avec une intensité renouvelée.

Yet les familles de victimes, elles, ne réclament pas la violence. Elles demandent la vérité, la justice, et que les responsables encore en vie soient jugés.

Et maintenant ?

Le gouvernement du président Gabriel Boric, lui-même enfant de la génération post-dictature, a promis de renforcer le dispositif sécuritaire pour les prochaines commémorations tout en garantissant le droit à manifester. Still, la question reste entière : comment une société réconcilie-t-elle sa mémoire quand les plaies ne sont pas encore refermées ? La réponse, le Chili la cherche encore.

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