France-Sénégal 2002 : le jour où les Lions ont renversé le monde
C’était le 31 mai 2002. Dans le stade de Séoul, devant 62 561 spectateurs médusés, le Sénégal réalisait l’un des plus grands exploits de l’histoire de la Coupe du monde en battant la France 1-0. Les champions du monde et d’Europe en titre, favoris absolus du tournoi, tombaient dès le premier match de la phase de groupes. Un séisme.
Papa Bouba Diop, l’homme du moment
Le but est entré dans la légende. À la 30e minute, Papa Bouba Diop reprend un centre d’El Hadji Diouf et trompe Fabien Barthez d’une frappe puissante. Le stade explose. Les joueurs sénégalais dansent autour du poteau de corner dans une célébration devenue iconique. Et pendant que les tribunes coréennes vibrent, le banc français reste pétrifié. Roger Lemerre, le sélectionneur des Bleus, ne comprend pas ce qui se passe.
La France de Zidane, Thuram, Henry et Vieira est méconnaissable. Zidane, blessé, ne joue pas. Mais ça n’excuse rien. Les Bleus n’ont cadré aucun tir en 90 minutes. Zéro. Le Sénégal, lui, a tout donné, avec une intensité et une solidarité collectives que personne n’avait anticipées.
Une équipe de Corée du Sud au bord des larmes de joie
Le pays hôte avait adopté les Lions de la Teranga comme sa deuxième équipe. La presse coréenne avait titré le lendemain sur « le plus grand choc de l’histoire du Mondial ». Ce n’était pas exagéré. La dernière fois qu’un champion du monde en titre avait été battu dès son entrée en lice remontait à 1966, quand l’Angleterre avait perdu contre… personne. Ça ne s’était tout simplement jamais produit dans cette configuration précise.
Le Sénégal terminera ce Mondial en quart de finale, éliminé par la Turquie aux tirs au but. Une performance historique pour un pays qui participait à sa toute première Coupe du monde. La France, elle, sera éliminée dès la phase de groupes sans marquer le moindre but.
Vingt-quatre ans plus tard, la revanche ?
« Ce match a changé le football africain pour toujours », a déclaré un responsable de la Confédération africaine de football la semaine dernière. Et c’est difficile de lui donner tort. Il a prouvé que les hiérarchies établies ne valent rien une fois les jambes en mouvement sur le terrain.
Mardi, les deux nations se retrouvent à nouveau en Coupe du monde. Contexte différent, générations différentes. Mais la mémoire collective, elle, ne s’efface pas.
La France voudra exorciser ce fantôme de 2002. Le Sénégal, lui, arrivera avec la conviction que cet exploit fondateur coule encore dans les veines de ses Lions. Yet dans le football, les souvenirs ne gagnent pas les matchs. Ce sera une nouvelle histoire à écrire. Et tout le monde regarde.
